Lettre ouverte au mouvement indépendantiste québécois

Québec
Lettre ouverte au mouvement indépendantiste québécois
Opinions
| par Thomas Deshaies |

Pour rompre avec la vision actuelle du Parti Québécois

L'objectif de cette lettre ouverte est de questionner la stratégie prédominante au sein du mouvement indépendantiste québécois et ce, plus particulièrement au sein des organisations de la société civile et du Parti Québécois. La fameuse déclaration de Bernard Landry, qu'il n'a cessé de marteler au cours de l'année 2013 représente bien la stratégie en soi: « L'indépendance n'est ni à gauche, ni à droite, mais en avant! ».

En d'autres termes, Monsieur Landry clame que l'indépendance du Québec ne doit pas être assujettie à certaines conditions. Offrir la liberté aux québécoises et aux québécois est amplement suffisant selon lui et celle-ci s'acquiert par l’indépendance. Dans un second temps, il faut chercher à unir à tout prix les forces indépendantistes, ce qui était d'ailleurs l'objectif du congrès de la convergence nationale. Ce n'est seulement qu'une fois l'indépendance du Québec obtenue que nous pourrons débattre de l'avenir du Québec. Génération nationale, qui a fait couler beaucoup d'encre au cours de l’année 2013, affirme aussi s'inscrire dans cette lignée en rappelant l'importance de la nation et des valeurs occidentales au sein du projet indépendantiste. Il dénonce par ailleurs une certaine mainmise des progressistes sur ce projet de pays.

Je ne remets pas en question les convictions des leaders indépendantistes qui défendent une telle stratégie, mais je crois qu'ils ne parviendront pas à mener à terme le projet de pays de la sorte. Ils présentent l'indépendance comme un projet qui devrait être isolé de toute contamination idéologique. Pourtant, je crois au contraire que l'indépendance ne peut pas être défendue et expliquée sans un cadre  idéologique précis auquel le groupe ou le parti adhère. Les raisons de vouloir faire du Québec un pays sont multiples et parfois contradictoires. L'indépendance peut se faire à « gauche » comme à « droite ». Le résultat final en sera radicalement différent. En guise de comparaison, si tout le monde affirme que l'indépendance a pour objectif de donner plus de pouvoir au peuple québécois, de le rendre « maître chez lui », l'exercice du pouvoir populaire est conçu différemment. Certains croient que ce pouvoir s'exerce par le système de représentativité alors que d'autres, comme le Mouvement progressiste pour l'indépendance du Québec, croient que ce n'est pas suffisant et qu'une décentralisation des pouvoirs est nécessaire. Le Québec, dans le cadre fédéral actuel mais aussi dans une démarche d’accession à l’indépendance, pourrait dès maintenant mettre en place un processus de décentralisation et modifier son système électoral. Il pourrait aussi s'assurer d'une plus grande participation des citoyens à la vie politique en les outillant davantage. L'instauration d'un cours de politique et de citoyenneté obligatoire au secondaire serait un geste concret allant dans ce sens. Toutefois, le Parti Québécois s'ancre de plus en plus dans la voie du néolibéralisme et ne pose donc pas de gestes concrets dans cette direction.  

UNION ÉLECTORALE

La division entre les différentes factions indépendantistes assure la victoire aux fédéralistes selon certains. Certes, au moment d'aller aux urnes ou lors d'un éventuel prochain référendum, une alliance est tout à fait envisageable, voir nécessaire sous certaines conditions. Mais est-ce vraiment le moment de se poser cette question? Est-ce sur cet aspect que le mouvement indépendantiste doit se concentrer? Le mouvement devrait d'abord chercher à comprendre pourquoi l'appui à l'indépendance n'augmente pas et agir en conséquence.

ÊTRE PLUS PROCHE DES PRÉOCCUPATIONS DES CITOYENS-NES

En fait, la vraie question est plutôt de savoir si la population québécoise pourrait véritablement se mobiliser en masse pour l'indépendance en ne sachant point à quoi pourrait ressembler le Québec de demain. Cela impliquerait que notre culture nationale oblige les politiciens d'un Québec libre à gouverner notre pays d'une certaine manière, en fonction de nos valeurs. Je doute fortement de la possibilité d’un soulèvement populaire seulement sur cet aspect, car si notre culture est construite elle peut aussi se déconstruire.

À l'époque où l'oppression impériale était plus tangible, les québécoises et les québécois voulaient un pays pour améliorer leurs conditions de vie et non pas pour obtenir simplement un nouveau pays. L'indépendance était un moyen de faire respecter davantage leurs demandes. Par ailleurs, la période des émancipations nationales partout dans le monde avait le potentiel de justifier l'indépendance comme étant un projet en soi, un projet urgent à mettre sur pied. C'était dans l'ère du temps. Aujourd'hui, ce n'est plus le cas. Les penseurs de la mondialisation et leurs organisations, notamment avec des « think tanks » redoutablement efficaces, ont réussi à présenter toute initiative visant à restreindre le libre-marché comme étant archaïque et nuisible pour l'intérêt des populations. L'indépendance est, elle, bien souvent dépeinte par ceux-ci comme étant un repli sur soi. Nous n'avons donc pas la conjoncture au niveau international pour nous permettre de défendre l'indépendance sans chercher à justifier et à démontrer pourquoi elle serait nécessaire pour l'intérêt des québécoises et des québécois ainsi que des peuples du monde entier. Nous devrions travailler plus fort que nos prédécesseurs.

Selon moi, une bonne stratégie viserait plutôt à écouter davantage les préoccupations des citoyennes et des citoyens. Dans la vie de tous les jours, il est rare qu'on surprenne une conversation sur la question nationale. Il est beaucoup moins rare cependant qu'on en  surprenne une sur les problèmes de logement, sur les agriculteurs qui joignent de moins en moins les deux bouts, sur le travailleur à temps plein au salaire minimum qui vit toujours sous le seuil de la pauvreté. Ce sont ces préoccupations qui touchent les gens. C'est en garantissant que l'indépendance permettra d'améliorer les conditions de vie des citoyens-nes que le projet de pays pourra acquérir de nouveaux appuis. Je crois que même si nous ne pouvons seuls avoir un impact sur le système-monde en soi, nous pouvons tout-de-même en amoindrir ses effets et travailler de pair avec les autres pays qui défendent une alternative à la mondialisation actuelle.

Il faut cesser de prétendre bêtement que le meilleur moyen d'augmenter l'appui à l'indépendance est de ramener continuellement les mêmes concepts de liberté. Certes, il faut continuer à en parler et à en discuter avec les citoyennes et les citoyens, mais il faut également que l'indépendance soit accompagnée d'un projet politique plus concret. C'est précisément ce qui pourra convaincre les indécis.

Le rôle des mouvements militants pour l'indépendance est donc de prendre part au débat sans hésiter et  d’exposer leurs raisons de faire l’indépendance grâce à un projet politique clair, qu'il soit de gauche ou de droite. Qu'il y ait différentes « factions » n'est pas un problème, et tenter de nier ce fait au nom de l'unité est prématuré. Dans le cadre d'un référendum prochain ou d'une élection sur la souveraineté, alors nous pourrons nous poser la question pour que les différentes familles politiques s'unissent sur certains aspects, mais pas maintenant. Les partis qui quant à eux prétendent vouloir l'indépendance devraient aussi nous présenter leur vision du Québec d'après.

Rapprochons-nous des préoccupations des citoyennes et citoyens et démontrons que l'indépendance est le meilleur moyen d'améliorer les conditions d'existence des québécoises et des québécois. Voilà l’orientation gagnante que devrait prendre le mouvement indépendantiste québécois.

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Ma réponse au mouvement séparatiste-sécessionniste québécois (qui ne mérite nullement le titre de Indépendantiste) http://www.les7duquebec.com/actualites-des-7/qui-lemportera-du-milliardaire-ou-du-multimillionnaire/