Des aîné.e.s victimes de maltraitance de la part de leur famille et de proches aidant.e.s épuisé.e.s

Société
Des aîné.e.s victimes de maltraitance de la part de leur famille et de proches aidant.e.s épuisé.e.s
Opinions
| par Shanned Morales |

Les aîné·e·s sont plus vulnérables dans une situation de maltraitance. Cela est d’autant plus vrai si les aînés sont maltraité·e·s par leurs enfants ou par un autre membre de leur famille. La crainte et la honte provoquent un mutisme chez les personnes âgées, mais aussi des problèmes de santé physique et mentale. Pour répondre aux besoins des aîné·e·s, des organismes communautaires offrent un accompagnement gratuit et confidentiel. 

Lorsqu’on parle d’aîné.e.s, les CHLSD nous viennent en tête, car la plupart des personnes âgées habitent dans des centres d’hébergement pour aîné.e.s. Toutefois, certain.e.s aîné.e.s décident de rester dans leurs foyers avec leurs familles. Un lieu où illes peuvent aussi subir de la maltraitance de la part de leurs proches, qui peuvent tirer profit de la vulnérabilité de leur parent ou grand-parent.  

Selon des données du ministère de la Santé et des Services sociaux (1), en 2016, 4 % à 7 % des aîné.e.s ont été victimes de violence au Québec. Et certain.e.s d’entre elleux ne dénonçaient pas leur agresseur.euse.

« Différents motifs expliquent cette situation, tels que la peur des répercussions d’une dénonciation, les sentiments de honte, de culpabilité, d’humiliation, de tristesse, de colère, la dépendance à l’égard de la personne maltraitante, la perte d’autonomie […] », est-il écrit dans le rapport du ministère de la Famille. La plupart du temps, les aîné.e.s ne sauraient pas reconnaître les signes d’alarme, que ce soit parce qu’illes ne jouissent pas de toutes leurs facultés, ou parce que les comportements sont perçus comme normaux. 

Selon l’article Maltraitance envers les personnes aînées publié par le gouvernement du Québec (2), la maltraitance envers les aîné.e.s peut avoir des répercussions graves sur leur santé physique et mentale et peut entraîner une faible estime de soi, des séquelles physiques et psychologiques. Dans certains cas, l’aîné.e maltraité.e peut vouloir mourir plus tôt ou tenter de s’enlever la vie.

Lucie Caroline Bergeron est directrice générale du DIRA Estrie (dénoncer la maltraitance, informer, référer, accompagner les aîné.e.s) (3), et intervenante auprès des aîné.e.s qui subissent de la maltraitance. Elle explique que les types de maltraitance les plus dénoncés au DIRA sont la maltraitance psychologique et la maltraitance financière. 

La première se traduit par le chantage, la manipulation et le harcèlement. La deuxième est le fait de voler l’argent de l’aîné.e et de négliger ses besoins en nourriture ou ses dépenses personnelles. 

Les femmes, les plus visées

Selon les données présentées par le ministère de la Famille, les personnes âgées ayant des pertes d’autonomie sont plus fréquemment victimes de maltraitance. Et la situation est plus grave pour les femmes. Des données de la Ligne Aide Abus Aînés (4) trouvées dans un document du ministère de la Santé et des Services sociaux confirment que la proportion de femmes victimes de violence est majeure; une probabilité qui peut augmenter avec l’âge de la personne. Parmi les 5 à 7 % d’aîné.e.s victimes de maltraitance au Québec, 71 % étaient des femmes et étaient 24 % des hommes.

Selon un article sur la maltraitance publié par le gouvernement du Québec, certains facteurs pourraient augmenter le risque de maltraitance : la solitude, le faible revenu, l’alcoolisme, la dépendance d’un membre de la famille, la maladie ou la perte d’autonomie.

Pour que les choses changent, de plus en plus de personnes commencent à dénoncer la violence envers les personnes âgées. Le 15 juin, des communautés partout dans le monde se mobilisent lors de la Journée mondiale de lutte contre la maltraitance des personnes aîné.e.s, pour sensibiliser la population aux comportements violents et promouvoir la bientraitance. Le 12 juin 2022, le gouvernement du Québec a lancé un plan d’action pour lutter contre la maltraitance envers les personnes âgées. Cette initiative a pour but d’aider les aîné.e.s qui souffrent en silence.

Les proches, les premiers agresseurs

La plupart du temps, la victime cohabite avec l’agresseur.euse. Pour cette raison, ille craint de la.le  dénoncer, parce qu’on l’a menacé.e ou que l’agressé.e ne veut pas faire de tort à son proche. 

Selon Lucie Caroline Bergeron du DIRA, même si la collectivité croit que la maltraitance envers toute personne ne se justifie pas, elle peut s’expliquer : une personne maltraitante pourrait avoir subi de la violence dans le passé, et elle peut penser que maltraiter les autres est normal. « Si la personne maltraitante maltraite une personne âgée, c’est que quelque part, elle vit un problème. Elle peut rencontrer des difficultés en matière financière ou en matière de dépendances », détaille-t-elle. 

Ainsi, la personne maltraitante agresse son proche vulnérable et lui vole de l’argent parce que c'est plus facile, et si jamais le.la maltraité.e refuse d’en donner, on le.la maltraite physiquement ou émotionnellement. Les statistiques de la Ligne Aide Abus Aînés présentées par le ministère de la Santé et des Services sociaux démontrent que 38 % des agresseur.euse.s sont les enfants de l’aîné.e et que 12 % sont des membres de la famille. 

À l’heure actuelle, les aîné.e.s ne sont en sécurité ni à la maison ni dans les CHLSD. Et ce seraient l’âge et la perte d’autonomie qui mettraient en danger leur sécurité et leur bien-être. Dans un article publié le 22 juin 2022, le Journal de Montréal (5) rapporte la maltraitance dont l’ensemble des résident.e.s d’un CHLSD à Granby sont victimes. Une résidente aînée âgée de 100 ans n’a pas été nourrie et est restée dans son lit pendant une journée entière. La situation de cette personne n’est pas unique : en décembre 2021, 24,7 % des motifs de plaintes étaient liés à la maltraitance dans l’ensemble du CIUSSS de la Mauricie-et-le-Centre-du-Québec.

Parler pour s’aider

Face à la maltraitance de la part des proches, le DIRA tente d’abord de permettre à la personne de trouver les forces et la volonté de demander de l’aide de son plein gré. Si la personne maltraitée décide de prendre la parole, le DIRA pourra la référer à la police, au Centre d’aide aux victimes d’actes criminels (CAVAC) et à d’autres partenaires qui offrent du soutien aux victimes de maltraitance. Cela permettra à la victime d’être accompagnée par un.e intervenant.e. Chacun.e peut choisir les modalités des rencontres (heures, lieux, etc.).

Mme Bergeron du DIRA envoie un message aux personnes maltraitées et maltraitantes : « Pour régler un problème, il faut en parler. Et on peut choisir la personne à qui on parle, en qui on a confiance ». Elle explique que cela peut être un.e ami.e, un.e intervenant.e, un.e infirmier.ère, ou un membre du personnel de soins. « Cela permet au moins de décharger cette lourdeur qui nous habite. En parler fait déjà un grand bien », conclut-elle. Au Québec, maltraiter une personne constitue un délit, peu importe l’âge ou le statut social. S'il n’existe pas d’accusation spécifique criminalisant la maltraitance des aîné.e.s, les agresseur.euse.s peuvent être accusé.e.s d’homicide involontaire, de fraude, de braquage à domicile, etc. 

Les proches aidant.e.s qui soutiennent les victimes de maltraitance

Selon Mme Bergeron, le fait d’être elle-même intervenante et proche aidante de ses parents lui permet de connaître les besoins des autres aîné.e.s et de les référer à des organismes qui offrent du soutien, notamment le Réseau de la santé et des services sociaux. Un.e conjoint.e, un.e ami.e, un.e enfant, un.e bénévole, un.e proche aidant.e, ou encore un.e aidant.e naturel.le peuvent être des anges gardiens pour la personne âgée, de par le soutien et la compagnie qu’illes lui procurent. « Un.e proche aidant.e est toute personne qui accompagne une autre personne en perte d’autonomie en raison d’une incapacité permanente ou temporaire notamment, comme le diabète, la maladie d’Alzheimer ou un cancer », selon Mélinda Pepin, intervenante au sein du Réseau d’Amis de Sherbrooke (6). Cette personne peut ou peut ne pas avoir suivi une formation en proche aidance. « On peut avoir des qualités professionnelles en matière d’intervention, mais on ne peut s’improviser et être intervenant du jour au lendemain. C’est une problématique assez complexe », explique Mme Bergeron.  

Si un.e proche aidant.e veut suivre une formation, ille peut s’inscrire auprès de l’Appui pour proches aidants, un organisme à but non lucratif qui offre un accompagnement aux proches aidant.e.s. Selon Gwladys Sebogo, conseillère en développement régional en Estrie, cette institution offre du soutien aux proches aidant.e.s qui veulent savoir comment prendre soin d’une personne âgée. Illes peuvent contacter la ligne Info-aidant en cas de doute.

Les proches aidant.e.s ont elleux aussi besoin d’aide

Les personnes aidant.e.s peuvent aussi vivre aussi des moments difficiles dans leur vie personnelle ou professionnelle. Dans de tels cas, Mélinda Pepin, intervenante au sein du Réseau d’Amis de Sherbrooke, recommande de se faire aider : « Il faut sensibiliser les proches aidant.e.s à leur réalité et travailler sur leur sentiment de perfectionnisme », explique-t-elle à propos des aidant.e.s naturel.e.s qui se sentent coupables de ne pas pouvoir apporter plus d’aide aux personnes à leur charge. 

Selon la Fondation proches-aimants Petro–Canada (7), 51 % des aidant.e.s naturel.e.s se sentent épuisé.e.s mais ne le disent pas, de peur d’être jugé.e.s par les autres. La fondation tente ainsi de sensibiliser les Canadien.e.s aux réalités des proches aidant.e.s pour mieux les soutenir. Le premier mardi d’avril, on célèbre la Journée nationale des proches aidant.e.s. C’est l’occasion de reconnaître le travail que ces personnes font pour les aîné.e.s, et d’offrir tout l’appui dont les aidant.e.s ont besoin pour retrouver la paix et l’estime de soi.

Le Réseau d’Amis recommande aux proches aidant.e.s éprouvant des sentiments de culpabilité, de tristesse ou d’impuissance de communiquer avec les organismes communautaires de leur région. La ligne Info-aidant peut les référer aux services disponibles dans leur région.

Pour en savoir plus : 

Si vous êtes une personne aînée victime de maltraitance de n'importe quel type, ou que vous connaissez quelqu’un qui en subit, contactez le DIRA ou la ligne Aide Abus Aînés au 1-888-489-2287.

 

CRÉDIT PHOTO: Rebecca Sampson - flickr

1. Gouvernement du Québec, Reconnaître et agir ensemble, plan d’action gouvernemental pour contrer la maltraitance envers les personnes aînées 2022-2027, Québec, Ministère de la Santé  et des Services sociaux, 2022, https://publications.msss.gouv.qc.ca/msss/fichiers/2021/21-830-48W.pdf

2. Gouvernement du Québec, « Maltraitance envers les personnes aînées, »   15 juillet 2022, https://www.quebec.ca/famille-et-soutien-aux-personnes/violences/maltrai...

3. DIRA- Estrie, propos recueillis par Shanned Morales, le 13 juillet 2022

4. SAVA, Soutien d’aînés victimes d’abus, « Conséquences de la maltraitance, » 18 juillet 2022, https://maltraitance.org/2017/11/14/consequences-de-la-maltraitance/

5. Agence QMI, « Granby:  de mauvais traitement dans un CHLSD persistent malgré un rapport accablant » Le Journal de Montréal 22 juin 2022, https://www.journaldemontreal.com/2022/06/28/granby-des-mauvais-traitements-dans-un-chsld-persistent-malgre-un-rapport-accablant

6. Réseau d’Amis de Sherbrooke, propos recueillis par Shanned Morales, le 15 juillet 2022

7. Fondation proches aimants Petro-Canada, « Les proches aidants au Canada : orienter une conversation nationale : enjeux et occasions, » 20 juillet 2022. (Document PDF).

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