Un observatoire municipaliste? À la croisée des chemins en temps d’incertitude identitaire

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Société
Un observatoire municipaliste? À la croisée des chemins en temps d’incertitude identitaire
Analyses
| par Alexandre Dubé-Belzile |

Cet article est d'abord paru dans notre recueil imprimé À petite échelle: repenser le pouvoir citoyen, disponible dans notre boutique en ligne.

 

La mondialisation suscite des réactions assez polarisées. Nous avons été témoins, dans les dernières décennies, de l’émergence du mouvement altermondialiste avec, entre autres, le Forum social mondial (FSM)[1]. Plus récemment encore, différents courants de la droite identitaire ont aussi pris de l’importance. D’un éventail assez large, ces derniers comprennent à la fois le parti politique Coalition avenir Québec et des mouvements plus marginaux, dont les idées vont de la xénophobie à peine voilée jusqu’au néonazisme. Peu importe le point de vue qu’on adopte, il semble indéniable que l’État-nation fait face à une crise de légitimité. En réponse à cette crise, de nombreuses pistes de solution ont été proposées. Parmi ces dernières, on retrouve les observatoires, dont les activités peuvent être rapprochées de la pensée municipaliste. Cet article cherche donc à confronter le concept d’observatoire régional aux idées qui relèvent du municipalisme radical, comme celles mises de l’avant par Murray Bookchin[2], Abdullah Ocalan[3] ou encore, au Québec, Jonathan Durand-Folco[iv]. Notre démarche s’intéresse plus particulièrement à l’Observatoire du développement en Outaouais (ODO). Pour mener à bien la rédaction de notre texte, nous avons interrogé la coordonnatrice de l’ODO, madame Chantal Doucet et monsieur Jonathan Durand-Folco, professeur d’innovation sociale à l’Université Saint-Paul et auteur de À nous la ville! Traité de municipalisme[v]. Ces éléments devraient nous permettre de jeter un éclairage original sur la politique municipale.

 

L’observation territoriale

 

« La consolidation de la citoyenneté, de la démocratie, de l’équité sociale ainsi que le progrès social et économique sont les objectifs principaux du développement et de la gouvernance territoriale. »[vi]

L’observation territoriale consiste en une production d’un ensemble de données organisées visant à faciliter le travail des intervenant·e·s locaux et des décideur·se·s. Ce n’est donc généralement pas la tâche des observatoires d’effectuer la collecte de renseignements. En effet, ce dernier cherche plutôt à rapprocher les données existantes de leurs utilisateur·trice·s et du public[vii] et à produire de la transparence[viii]. Par exemple, madame Doucet, la coordonnatrice de l’observatoire du développement en Outaouais, un observatoire du territoire situé à Gatineau et dont les locaux se trouvent à l’Université du Québec en Outaouais, nous a fourni l’exemple des portraits des communautés, de courts documents accessibles qui amalgament et interprètent les données sur les différentes sous-divisions de la région de l’Outaouais. Ces portraits ont d’ailleurs été utilisés par les intervenants d’organismes communautaire et du développement social.  De plus, l’ODO a aussi donnée des ateliers sur la manière d’utiliser ces données. Auprès du plus large public, ces portraits auront aussi servi à susciter de l’intérêt pour les enjeux régionaux et produire des réflexions. De cette manière, les activités menées par un observatoire peuvent servir à établir un diagnostic, à évaluer des politiques ou à présenter diverses options à envisager, ce que ne permettent pas nécessairement les données crues fournis sur les sites Web gouvernementaux consacrées aux statistiques, tel que Statistiques Canada ou l’Institut de la statistique du Québec.

 

L’observatoire produit de l’« intelligence territoriale »[ix], qui est définie comme un « processus informationnel et anthropologique, régulier et continu, initié par des acteurs locaux physiquement présents et/ou distants qui s’approprient les ressources d’un espace en mobilisant puis en transformant l’énergie du système territorial en capacité de projet »[x]. Par « produire de la transparence »[xi],  on entend le processus qui permet de faciliter la lecture des données déjà disponible en fournissant une interprétation et un cadre d’analyse[xii]. Au cœur des observatoires, les chercheurs et chercheuses ne sont pas seulement des « intellectuel·le·s organiques », au sens de Gramsci[xiii], mais, de manière plus importante, ielles sont impliqué·e·s dans les débats sur des questions locales[xiv]. L’observatoire est aussi un « lieu d’échanges » et une interface de données et d’acteur·trice·s qui cherche à « mobiliser des données objectives pour la construction de représentations subjectives », participant à l’économie de l’information ou, peut-être, une contre-économie de l’information dans la mesure où l’observatoire doit être « au service du social. »[xv]. En effet, l’observation serait aussi un lieu de « co-construction » des savoirs[xvi] et qui se revendique d’une forme d’intervention sociale[xvii].

 

L’appropriation du réel

 

Selon Anne Piponnier, professeure au Centre de recherche sur les médiations de l’Université de Lorraine, le concept d’observatoire raviverait l’intérêt dans « l’appropriation symbolique du réel », c’est-à-dire la faisabilité de la transparence dans les questions gravitant autour du « besoin d’objectivité et de rationalité » et, enfin, l’hétérogénéité des pratiques et leur tendance à « s’autonomiser sur une grande variété de terrains »[xviii].  En autres mots, alors que le savoir est généralement cantonné dans le monde universitaire, l’observatoire rapproche les données du social par un cadre d’interprétation qui permet à la société de mieux se saisir du contenu du savoir qualifié d’objectif, et ce, par rapport au savoirs plus individuels et plus subjectifs acquis lors de ces pratiques hétérogènes, qui n’est pas moins significatif, mais qui permet difficilement l’action collective. L’observatoire permet aussi, par la même occasion, de remettre en question les notions traditionnelles d’efficience, restitue le social et l’écologique dans l’économique. Il rapproche les décisions du terrain, constituant « un décloisonnement vertical » et horizontal de la prise de décision[xix].

 

Nous avons d’ailleurs demandé à madame Doucet comment l’observatoire se positionnait par rapport à l’université. Madame Doucet nous a expliqué : « La question s’est posée si l’observatoire devait être un OBNL ou être intégré à l’université. Nous avons opté pour la deuxième option, entre autres, parce que l’université fournit des locaux et garantit l’accès à des étudiants. En effet, la conscientisation de la population estudiantine fait partie des objectifs de l’observatoire. Par contre, il y a certains désavantages, comme l’extrême lourdeur bureaucratique. En plus, un tel rattachement à l’université tend à rendre les acteurs un milieu réticents, accusant l’observatoire d’être détaché de la réalité et de pelleter des nuages. »

 

En effet, ils ne sont pas toujours pris en compte par les décideurs et les élus, et ce, en raison de leur ancrage dans la théorie[xx]. Aussi, malheureusement, les résultats du traitement des données sont le plus souvent transmises à un cercle restreint de personnes, et ce, malgré la vocation de l’observatoire est de diffuser les données qu’il amalgame auprès du grand public[xxi]. Il doit aussi, en principe, rapprocher les gestionnaires du territoire et la population civile de ces gestionnaires[xxii], mais il semble inéluctablement rester dans le sillage de ces derniers.

 

Le municipalisme selon Jonathan Durand-Folco

 

Monsieur Jonathan Durand-Folco pose la question suivante : « les villes peuvent-elles changer le monde? »[xxiii], c’est-à-dire, peut-on renouveler la démocratie par une approche enracinée dans le local? Dans son livre, il déplore la dépolitisation des localités qui seraient laissées pour compte à l’ombre de l’État québécois et de sa mythologie héritée de la Révolution tranquille[xxiv]. En réponse aux échecs des socialismes antérieurs et de la planification très centralisée, il propose un nouveau modèle d’organisation sociale fondé sur « l’identité territoriale ». Ainsi, il tente d’aborder des formes parallèles de gouvernance locale qui seraient propices à une transition post-capitaliste[xxv].

 

Il propose donc de faire des villes des communes, formes d’« autogouvernement local ». Ainsi, « l’idée est de construire un véritable pouvoir social par la participation directe, inclusive et active des citoyens et citoyennes aux affaires publiques, afin de favoriser l’appropriation collective des institutions, l’autogouvernement et la souveraineté populaire. »[xxvi]. Durand-Folco met aussi de l’avant une « mondialisation par le bas »[xxvii], qui vise à rétablir l’équilibre face à la « mondialisation centrifuge ». Pour y arriver, il apparaît nécessaire de « repenser plus en profondeur la question de l’identité, de la culture et de l’appartenance pour fournir un socle plus solide à l’action collective »[xxviii].

 

Pour ce qui des forces conservatrices qui monopolisent de plus en plus d’espace dans les débats sociaux, il affirme qu’une caractéristique importante de ces dernières est une « capacité à construire l’identité collective, bien que ce soit de manière réifiée, limitée ou rétrograde »[xxix]. Le municipalisme se doit ainsi de repenser les identités, mais aussi, faisant écho à Antonio Gramsci, de donner naissance à une « nouvelle culture » pour « socialiser » le savoir dans une approche critique. Il ne s’agit pas de valoriser les découvertes individuelles, mais bien la critique de ce qui est tenu pour « vrai »[xxx].

 

Appartenance et territoire

 

Le point de convergence le plus saillant entre le municipalisme et l’observation territoriale est la reconnaissance du basculement d’un paradigme de l’identité arrimé à l’État-nation et à la mythologie de la Révolution tranquille à un paradigme de l’identité régionale et territoriale[xxxi]. D’ailleurs, les deux horizons de pensée tentent d’exploiter une appartenance par la participation plutôt que par les incantations idéologiques de l’État-providence. En effet, idéalement, l’observatoire, devrait arriver à permettre la cristallisation d’une « action commune » permettant un « apprentissage collectif », le tout cimenté, justement, par l’appartenance territoriale[xxxii]. Par la même occasion, il fournit un cadre de validation sociale du savoir autrement cantonné aux milieux universitaires[xxxiii].

 

C’est avec l’intention d’élaborer davantage sur ce rapprochement que nous avons interrogé monsieur Durand-Folco. D’ailleurs, ce dernier nous a fait remarquer qu’il avait assisté avec intérêt à la genèse de l’observatoire du développement en Outaouais (ODO). Quoi qu’il en soit, nous avons demandé comment se positionnait le municipalisme par rapport aux institutions gouvernementales. Or, « il existe divers courants municipalistes, parmi lesquels des mouvements sociaux. En général, ces mouvements sont éloignés des institutions. Cependant, ils visent le plus souvent une réappropriation des institutions, qui impliquent parfois de remporter des élections pour mettre en œuvre des formes de gouvernance inspirées par la démocratie directe ». Parmi les exemples de mouvements municipalistes mentionnés par Durand-Folco, on retrouve « la confédération démocratique de villes au Rojava, dans le Kurdistan syrien », le cas de villes et de communes où des mouvements progressistes ont été élus en France et Barcelone en commun (Barcelona en Comú) avec un Budget participatif. Interrogé sur la Capitol Hill Autonomous Zone (CHAZ), il considère cette « zone autonome » comme d’un genre différent, d’abord parce qu’éphémère, mais aussi parce qu’elle ne tente pas nécessairement de se réapproprier les institutions municipales. Pour lui, les approches municipalistes ont pour caractéristique importante de vouloir donner lieu à des contre-institutions.

 

Nous avons ensuite demandé comment l’approche municipaliste se positionnait par rapport à l’université. Pour lui, il y a indéniablement une circulation des savoirs entre les universités et les mouvements sociaux. D’ailleurs, il y a, depuis les années 1970, une volonté de mettre en relation la recherche et l’action sociale, avec la recherche-action, la recherche participative ou l’action communautaire, qui ont encore une influence. Certain·e·s professeur·e·s font aussi en sorte de produire du savoir utile pour les mouvements sociaux. En fait, les mêmes personnes se retrouvent souvent dans les universités et les mouvements sociaux, « portant divers chapeaux » selon l’occasion.

 

Nous avons ensuite demandé de quelle manière l’approche municipaliste pourrait réussir à décentraliser le développement local. Pour lui, cela doit s’accomplir « par une stratégie collective ancrée dans la ville en réponse aux problèmes structurels de la mondialisation ». De plus, « il est aussi essentiel d’adopter une vision critique et de contribuer à une démocratisation face à l’hégémonie et la dépendance aux grands centres urbains et favoriser l’autogestion », nous répond-t-il. Il propose, entre autres, des entreprises municipales qui pourraient être gérées par des comités citoyens. Contrer la dépendance aux multinationales et aux grandes entreprises implique une démocratisation de l’économie locale pour préparer la transition post-capitaliste. Il donne l’exemple de Cleveland, aux États-Unis, qui tente de renouveler l’économie de la ville par des coopératives. Pour ce qui est plus précisément des observatoires, Durand-Folco affirme que la simple diffusion des données n’est pas suffisante pour que ces derniers soient qualifiés de « radicaux ». Il faudrait donc que des instances comme l’observatoire du développement en Outaouais proposent un vison critique pour une transition vers une économie post-capitaliste.

 

Un observatoire radical?

 

Nous avons ensuite tenté de discuter plus en détail l’idée d’un « observatoire radical ». Nous avons affirmé plus tôt que, en raison du va-et-vient entre décideurs, acteur·trice·s, chercheur·se·s et dans une certaine mesure, les citoyens et les citoyennes, l’observatoire est « producteur de transparence »[xxxiv]. Nous avons donc interrogé monsieur Durand-Folco sur la question de transparence dans le cadre d’un militantisme local. Or, pour lui, la transparence démocratique doit comprendre certains éléments essentiels. D’abord, les renseignements doivent être accessibles. Ensuite, ces derniers doivent être rendus lisibles par une organisation et une interprétation. Enfin, selon lui, les données devraient être publiques, sans avoir à faire demande en vertu du droit d’accès à l’information. Il projette ainsi l’idée d’un gouvernement ouvert ou toutes transactions entre et avec les entreprises privées seraient rendues publiques dans les moindres détails. Durand-Folco défend aussi la nécessité d’établir un cadre pour les débats sur ces enjeux, ce à quoi pourrait donner lieu l’observatoire. Ces débats auraient pour fonction l’appropriation des données par les citoyens et citoyennes. Il défend la nécessité d’un espace de concertation avec les citoyennes et citoyens sur les moyens à prendre pour leur propre libération. Cependant, pour que l’observatoire soit un tremplin en ce sens, il faut que ses activités soient orientées vers l’autonomisation. Le pouvoir citoyen doit donc être au centre de ce processus et les entreprises et les décideurs au second plan.

 

Ensuite, comme Jean-Bernard Chebroux, sociologue et consultant en politiques publiques, avait abordé le concept d’« intellectuel·le organique » de Gramsci dans le cadre de l’observation, nous avons interrogé monsieur Durand-Folco sur la pertinence de ce concept dans l’approche municipaliste. En effet, selon lui, on peut imaginer l’observation dans une approche néo-gramscienne, qui viserait une transformation sociale menant à la libération. Cependant, cela ne se fait pas seulement avec des données. Il faut un cadre d’analyse servant à amener des solutions qui sont dans l’intérêt de l’ensemble de la population. Il souligne l’importance des données pour les activités militantes, pour lesquelles les renseignements sont analysés dans un cadre critique. Il précise que le rôle de l'intellectuel·le organique peut aussi être incarné par une revue, un bureau ou un collectif. On peut donc parler de l’observatoire comme d’un intellectuel collectif. Par conséquent, un observatoire territorial gramscien est un intellectuel collectif qui interprète les données pour aider à comprendre, « en faire un incubateur, un catalyseur d’initiatives ». Ensuite, pour certain·e·s chercheur·euse·s, dont Syrine Ben Slymen[xxxv], professeure qui s’intéresse, entre autres, au contexte tunisien, l’observatoire est un moyen de faire basculer l’identité d’un paradigme d’État national vers une identité fondée sur la participation. Nous avons demandé à monsieur Durand-Folco s’il se reconnaissait dans cette idée. Or, pour lui, de nombreux facteurs entrent dans la formation de l’identité. Cela dit, l’observatoire peut contribuer à un sentiment d’appartenance en incitant une prise de conscience par rapport à la manière dont la mondialisation et les enjeux mondiaux ont des répercussions claires sur le local et sur la vie de tous les jours. Cela implique aussi de relocaliser l’économie au niveau municipal.

 

Nous avons ensuite abordé avec lui les propos qu’il tient sur la Révolution tranquille au début de son ouvrage, lorsqu’il en parle comme le remplacement de l’Église par l’État[xxxvi]. Pour lui, en effet, l’État québécois a connu une forme de modernisation par la sécularisation. L’éducation, la santé et le communautaire contrôlés par l’Église tombent sous le contrôle de l’État. Durand-Folco affirme que, par l’effacement de l’Église, il y a eu un transfert de l’identité de la religion du Canada français vers l’État. L’État a donc l’emprise sur le social qu’avait l'Église auparavant. Pour reprendre ses mots, la construction de l’État au Québec s’est faite comme celle de la « grande maison du Québec ». En ce moment, il y a des tensions identitaires entre l’État québécois et des tentatives d’élargissement de ses sphères par l’appartenance au local et au municipal. On assiste ainsi à une hybridation de l’identité et à une crise de l’État, à un éclatement progressif des appartenances. En fait, conclut-il, « la notion d’État ne sera bientôt plus au centre de la politique et de notre identité. Il y aura une transition vers des identités rurales, de villes, de villages ».

 

L’observatoire du développement en Outaouais (ODO)

 

Suite à notre entrevue avec monsieur Durand-Folco, nous avons recueilli le point de vue de madame Chantal Doucet afin de savoir dans quelle mesure l’observatoire proposait une vision pour une transition vers une forme de démocratie directe. Sa réponse est intéressante et très pragmatique. Elle affirme : « Nous sommes un observatoire territorial, qui cherche à répondre aux enjeux du milieu. Nous sommes aux prises avec des problèmes très concrets. Nous ne sommes pas en mesure d’avoir une vision à long terme parce que nous n’avons pas de financement à long terme ». En effet, les activités de l’observatoire sont limitées par un financement par projet qui est toujours octroyé à court terme. Les portraits des communautés susmentionnés représentaient l’un de ces projets. Nous avons déjà parlé de ses répercussions positives. Plus récemment, l’ODO a aussi reçu du financement pour un rapport sur la situation transfrontalière. Il est encore trop tôt pour en connaître les répercussions. Cependant, on peut espérer que le sous-développement de l’Outaouais que ce dernier aborde trouvera écho auprès des décideur·euse·s. Enfin, une fois le rapport terminé et publié, il faudra trouver un autre projet et du financement pour le mener à bien.

 

Elle nous a également fait savoir que l’observatoire a un mode de gouvernance particulier, qui dépend d’un comité des partenaires auquel siègent des acteurs du développement et des entrepreneurs et qui se réunissent quatre fois par année. Malheureusement, les membres de ce comité sont peu enclins à discuter d’une vision à long terme et veulent aborder des problèmes qu’ils qualifient de « concrets ». Cependant, il y a aussi des comités de pilotage et de suivi de projets, parmi lesquels, le projet de portraits des communautés mentionnés plus tôt. De manière très intéressante, ces portraits sont utilisés, entre autres, par les organismes communautaires. C’est un exemple d’activité de l’observatoire qui permet une réelle interaction avec les citoyens et les citoyennes et qui sert avant tout le social. Madame Doucet nous a avoué il n’y a pas de citoyen·ne·s qui siègent aux comités, mais qu’il n’existait aucune objection à une telle participation. Enfin, les citoyens et les citoyennes sont quand même présent·e·s lors du Forum des acteurs du développement de l'Outaouais, activité annuelle destinée à un plus large public. La première édition a eu lieu en 2018 au Centre Wakefield-La Pêche, à Wakefield. Ce forum s’intègre au mode de gouvernance de l’ODO et a pour objectif la consultation des intervenants du développement et le public en général sur le bilan des accomplissements de l’année précédente et l’orientation des activités de l’observatoire pour l’année à venir. En cette première année, 180 personnes ont participé à l’évènement[xxxvii].

 

Nous avons terminé notre entrevue en demandant à madame Doucet comment l’observatoire se positionnait par rapport aux institutions gouvernementales. En fait, l’observatoire est assez proche de l’État. Il travaille étroitement avec Services Québec, le ministère de l’Économie et de l’Emploi et le ministère des Affaires sociales et de l’Habitation. « Nous sommes en lien direct avec leurs instances régionales en Outaouais. Ces ministères siègent sur nos comités. Il n’y a pas de tensions entre eux et les acteurs municipaux ». Toutefois, les affaires sociales sont discutées dans des assemblées distinctes de celles qui traitent des affaires strictement économiques. Enfin, l’ODO est vraisemblablement très dépendant de l’État, d’autant plus que c’est la source d’une grande partie de son financement. Néanmoins, ce ne sont pas tous les observatoires qui fonctionnent de cette manière.

 

Enfin, alors que les théories énoncées au début de cet article laissaient clairement voir les affinités communes des observatoires et des idées de monsieur Durand-Folco, les deux entrevues que nous avons menées font état de réalités sur le terrain et d’aspirations municipalistes beaucoup plus difficiles à amalgamer. Néanmoins, ailleurs dans le monde, les observatoires territoriaux font leur apparition dans de nombreux pays. Déjà bien établis en France, ils émergent en Colombie, au Brésil et au Mexique. Cette apparition se ferait aussi en parallèle avec un processus de démocratisation en marche, l’observatoire mettant en place des mécanismes de surveillance du pouvoir[xxxviii]. Cette émergence se fait donc également en parallèle avec l’épanouissement de mouvements municipalistes en Espagne, en France ou en Syrie. Il est donc possible que ces deux idées finissent par se croiser dans la pratique comme elles le font déjà dans la théorie.

Crédit photo : Gerd Altmann, Pixabay, https://pixabay.com/fr/illustrations/m%C3%A9dias-sociaux-personnels-2457...

[1] Mimoun Rahmani, « Les dérives du Forum social mondial. Vers la fin du processus ? », CADTM, 20 avril 2015, http://cadtm.org/les-derives-du-forum-social#:~:text=Le%20Forum%20social...(FSM,contre%20le%20sommet%20de%20

[2] Murray Bookchin, The Next Revolution: Popular Assemblies and the Promise of Direct Democracy, Londres et New York: Verso, 2015.

[3] Abdullah Ocalan, Abdullah, Libérer la vie : La révolution de la femme, Londres : International Initiative Edition, 2013.

[iv] Jonathan Durand-Folco, À nous la ville! Traité de municipalisme, Montréal : Écosociété, 2017.

                     [vi] Yann Bertacchini, Pierre Maurel et Paul Deprez, « The Territorial Intelligence: A Network Concept And An Info-Communication Process Framework », Proceedings Book of ISCL, 2012, https://www.researchgate.net/publication/237101778_The_Territorial_Intel... (notre traduction)

[vii] Jean-Bernard Chebroux cité dans Pablo Dardel, Observation territoriale et transport public. Concept

d’observatoire des transports publics des zones métropolitaines mexicaines , Toulouse : Université Toulouse Jean

Jaurès, 2014, p.14.

             [viii] Anne Piponnier, « Les observatoires et l’observation », Communication & langages, 2012 : 20-28.

[ix] Yann Bertacchini, Jean-Jacques Girardot, et Gino Gramaccia, De l’intelligence territoriale. Théorie, Posture,

Hypothèses, Définitions, 2006, https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-01091465/document

                [x] Ibid., 3-4.

[xi] Jean Bernard Chebroux et Pablo Dardel, op.cit.

[xii] Odile Bovar et Jean Peyrony, « Le cas français de l’Observatoire des territoires », DISP, volume 165, numéro 42,

2012 : 29.

                [xiii]Ce concept renvoie, selon Gramsci, aux personnes à engagées à construire le discours soit de l’hégémon soit de la résistance. À cet égard, voir l’ouvrage suivant : Jean-Marc Piotte, La pensée politique de Gramsci. Ottawa : Éditions Parti Pris, 1970.

[xiv] Jean-Bernard Chebroux, « Les observatoires locaux : quelle méthodologie pour les conduire? », Socio-logos,

numéro 6, 2011, http://journals.openedition.org/socio-logos/2620.

[xv] Philippe Signoret, « Territoire, observation et gouvernance : outils, méthodes et réalités », Université de

Franche-Comté, 2011: 125-126, récupéré sur https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00669081v1/document.

                [xvi] Yann Bertacchini, Jean-Jacques Girardot, et Gino Gramaccia, op. cit. : 21.

[xix] Jean-Jacques Girardot et Serge Ormaux, L’observation territoriale, catalyseur et outil des partenariats

multisectoriels ,  2008 https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-00767248/document

[xx] Philippe Signoret cité dans Marie Perney,  L’observation territoriale: Être accessible, comparable et

mutualisable pour une meilleure gouvernance? , 2014,

http://www.adu-montbeliard.fr/fileadmin/Fichiers/Fond_documentaire/2014/...

[xxi] Emmanuel Roux, « L’observation des territoires en marche », Intercommunalités, 2012 : 6.

                [xxii] Ibid. : 17.

                 [xxiii] Jonathan Durand-Folco, op. cit. : 9.

                 [xxvi] Ibid. : 51.

[xxxi] Syrine Ben Slymen, « Acteurs locaux : quelles pratiques communicationnelles pour une valorisation

territoriale? », Communique, numéro 16, 2016, https://journals.openedition.org/communiquer/1901

[xxxii] Philippe Lemoisson, Michel Passouant, Pierre Martinand, Émilie Coudel, Jean-Philippe Tonneau, Vincent

Bonnal, et André Mirallès, Méthode de Conception d’Observatoires, 2008,

http://agritrop.cirad.fr/552414/1/document_552414.pdf

[xxxiii] Jean-Bernard Chebroux, « Les observatoires locaux : quelle méthodologie pour les conduire? » Socio-logos,

numéro 6, 2011, http://journals.openedition.org/socio-logos/2620

              [xxxiv] Anne Piponnier, op.cit.

              [xxxv] Ben Slymen, op. cit. : 29-30.

               [xxxvi] Jonathan Durand-Folco, op. cit. : 12.

[xxxvii] « Forum des acteurs du développement de l’Outaouais: 11 octobre 2018 », Observatoire du développement en

Outaouais, 2011, https://uqo.ca/nouvelles/21968

           [xxxviii] Dardel, op. cit. : 10.

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