Quelle ville pour demain? L’espace urbain comme lieu de la transition socioécologique

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Quelle ville pour demain? L’espace urbain comme lieu de la transition socioécologique
Analyses
| par Pierre-Luc Baril |

Cet article a été publié dans le recueil Vivre le réel : penser la transition écologique de L'Esprit libre. Il est disponible sur notre boutique en ligne ou dans plusieurs librairies indépendantes.

En mars 2018, à la suite d’une rencontre de trois jours en Alberta, dix organismes internationaux signaient la Déclaration d’Edmonton en faveur du développement de la recherche pour outiller les villes face aux changements climatiques1. Durant cette conférence, mairesses et maires, chercheuses et chercheurs ainsi que représentantes et représentants des instances internationales se sont réuni·e·s pour tenter de mieux comprendre le rôle et les possibilités des villes dans le cadre d’une transition écologique et sociale centrée sur les enjeux climatiques. C'était l'occasion pour des actrices et des acteurs des municipalités d’un peu partout à travers le monde de prendre conscience de la nécessité d’entamer des transformations pour faire face à la crise climatique actuelle. Ce constat est arrivé plus tardivement pour la classe politique municipale du Québec, soit il y a à peine quelques mois. « Vous êtes les élu[·e·]s de minuit moins une », s’est exprimée la titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les changements climatiques Catherine Potvin lors d’une rencontre de l’Union des municipalités du Québec en mars 20192.

Devant ces initiatives et ces réactions, il apparaît évident que la ville sera appelée à jouer un rôle de premier plan dans le cadre des transformations socioécologiques à venir. Selon Statistique Canada, les chiffres du recensement de 2016 montrent que 81,3 % de la population du pays habite dans une zone urbaine3. C’est dire que l’essentiel de la pollution et de la consommation de ressources et d’énergie provient des villes. Celles-ci tendent également à être le théâtre d’importantes inégalités sociales dont les effets sont exacerbés par les conditions actuelles de développement urbain. Ce constat nous place devant une réponse, voire une opportunité inespérée : si la lutte aux changements climatiques veut enrayer les problèmes et les iniquités sociales, alors cette transition socioécologique doit passer par la ville, par une redéfinition du cadre de développement social urbain. Très juste, l’intellectuel français François Euvé exprime brillamment cette nécessité d’associer la justice sociale à la transition écologique :

La transition écologique est indissociable d’une transformation sociale qui place au centre le principe de solidarité. Écologie et justice ne sont pas deux priorités concurrentes, car l’une ne peut aller sans l’autre. Rappelons que la science de l’écologie met en exergue la notion de relation. Les organismes sont liés à leur environnement et se développent en interdépendance. Il en est de même pour les personnes et les sociétés4.

La question se pose alors : comment réussir cette transition socioécologique à partir de la ville? Comment la ville, dans sa spécificité, ses enjeux et ses possibilités, peut-elle permettre de lancer cet immense chantier et tenir ses promesses d’un monde plus juste et en phase avec l’environnement? Des initiatives naissent dans les villes, peu importe qu’elles soient petites, moyennes ou grandes. Derrière ces expériences se cachent des enseignements qui permettent de comprendre comment l’urbanité est un terreau fertile pour une éventuelle transition socioécologique.

L’histoire d’un Anglais au Pakistan : la naissance des villes en transition

Pour bien comprendre les possibilités de transformations sociales et écologiques offertes par l’espace urbain, il faut remonter aux sources d’un mouvement beaucoup plus vaste, celui des villes en transition. Dans le petit monde de la transition et du développement des communautés durables, Rob Hopkins fait figure de véritable célébrité. L’homme doit sa réputation à la publication de son Manuel de transition5. Étoffé et accessible, l’ouvrage en question propose une feuille de route pour permettre à n’importe quelle communauté d'effectuer sa transition vers un monde résilient et sans pétrole.

Hopkins doit l’idée de son manuel à un voyage qu’il a effectué en 1990. Quittant son Angleterre natale, il se rend dans la vallée de Hunza, dans le nord du Pakistan. Émerveillé par le paysage et le rythme de vie de la population locale, le Britannique est rapidement frappé par un détail : la communauté locale semble totalement indépendante du reste du monde. De la gestion des déchets à l’alimentation en passant par l’agriculture, la Hunza de l’époque s’organisait en fonction de son environnement et des besoins de sa population. Hopkins entrevoit clairement les avantages que peut représenter la résilience pour cette communauté : « Si (à cette époque) la vallée de Hunza s’était retrouvée coupée du reste du monde et des autoroutes de camions remplis de produits de l’économie mondiale, elle se serait très bien débrouillée6. »

C’est à partir de cette expérience que se développe la philosophie du futur mouvement des villes en transition. La vision d’Hopkins est simple et repose sur deux éléments. D’abord, il est essentiel de revoir notre dépendance aux énergies fossiles et à l’économie mondialisée. L’auteur du Manuel de transition s’appuie sur le principe du pic pétrolier pour justifier la nécessité de s’émanciper du pétrole. Ce concept renvoie à l’idée que la société industrielle va un jour atteindre la limite de la quantité de pétrole à bas prix qu’elle peut extraire du sol – si ce n’est pas déjà fait, comme l’avancent certain·e·s7. À partir de ce moment, le prix du pétrole va constamment augmenter au fur et à mesure que les réserves mondiales vont s’épuiser. Dans cette perspective, tous les produits de la vie courante qui reposent sur le pétrole vont voir leur prix augmenter. Le coût du transport risque d’exploser et, dans le contexte d’une économie mondialisée où l’importation et l’exportation jouent un rôle crucial pour l’approvisionnement des villes, les denrées alimentaires vont devenir de plus en plus difficiles à acquérir à un prix raisonnable. Cette situation ne manquera pas d’avoir de graves conséquences sur les populations vulnérables. Pour Hopkins, l’importance de cesser la consommation de carburants fossiles s’inscrit également dans une volonté de réduire l’impact des sociétés humaines sur le climat. Diminuer l’usage d’énergies fossiles signifie moins de gaz à effet de serre et d’agents polluants dans l’atmosphère.

Mais Rob Hopkins n’est pas un pessimiste. Face à un scénario catastrophique qui entrevoit une destruction irrémédiable de l’environnement et un creusement des inégalités sociales, il propose une solution qui constitue le deuxième aspect de sa philosophie : mettre en place des communautés résilientes. Comme le souligne l’auteur dans l’introduction de son manuel, la résilience « fait référence à l’aptitude d’un système, de l’échelle des individus à celle des économies entières, à maintenir son intégrité et à continuer de fonctionner sous l’impact de changements et de chocs provenant de l’extérieur8 ». À l’image de ce qu’il a vu dans la Hunza en 1990, Hopkins propose de développer des villes et des villages, des espaces urbains, qui, sans être isolés, seront autonomes et capables de faire face aux défis climatiques actuels et à venir. Avec cette idée en poche, Hopkins a décidé de concrétiser sa philosophie dans la réalité. À travers son enseignement de la permaculture9, il a mis sur pied quelques initiatives de transition au début des années 2000. En 2006, la petite localité de Totnes en Angleterre devient la première ville à entamer sa transition socioécologique selon les préceptes de Hopkins : le mouvement villes en transition vient de naître.

L’histoire de Rob Hopkins et de son Manuel de transition montre d’une manière éclairante la nécessité de transformer nos communautés, mais aussi la manière de s’y prendre. Astuces pour mobiliser une communauté, feuille de route pour entamer la transition et théories sur la résilience figurent dans les grands titres de l’ouvrage. Mais ce que cette idée de la transition socioécologique nous montre de plus enrichissant, c’est que la possibilité de transformer la ville n'appartient pas exclusivement aux autorités urbaines ou aux associations municipales. Chacune et chacun, dans sa communauté, peut faire une différence et contribuer à une transformation de sa communauté vers un modèle plus équitable et écologique.

Des idées et des enjeux : exemples concrets de la transition urbaine au Québec

Inlassablement, le mouvement villes en transition suggère une approche locale pour s’attaquer au défi de la transition socioécologique. Hopkins lui-même soutient qu’il est inévitable de « faire petit » afin de favoriser le plus possible le développement de notre capacité « à produire localement les choses que nous pouvons produire localement10 ». À partir de cette perspective, voyons quelles initiatives se développent au Québec. Depuis plusieurs années déjà, des idées concrètes se mettent en place dans les espaces urbains québécois afin de favoriser la transition socioécologique. Notamment, les domaines de l’alimentation, de l’urbanisme et du développement social se trouvent au cœur des expériences actuelles les plus fructueuses.  

L’expérience alimentaire

Notre façon de nous alimenter constitue une formidable opportunité de changer nos manières de vivre et de consommer dans l’espace urbain. L’enjeu alimentaire, même dans les plus grandes villes du Québec, représente un défi de taille. Dans les quartiers qui reçoivent l’épithète de « désert alimentaire », la faible présence de ressources (que ce soit des commerces ou des organismes de redistribution des denrées) et la condition économique de la population rendent difficile l’accès à la nourriture. Malgré tout, il existe des initiatives locales qui viennent répondre à cette situation de façon originale.

L’une de ces initiatives est le frigo communautaire. Installé dans les locaux d’un organisme communautaire ou d’un autre lieu public, il met à disposition de la population des aliments frais et sains. Relevant souvent d’un partenariat entre des organismes ou des commerces locaux, le contenu du frigo est entretenu par une équipe de bénévoles ou un comité. Dans l’arrondissement montréalais de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, les frigos communautaires sont monnaie courante. « Le frigo communautaire, mis sur pied par un mouvement citoyen, répond au besoin de base de se nourrir convenablement en plus de freiner le gaspillage alimentaire », selon Ariane Carpentier, intervenante sociale dans le quartier11. De fait, enrayer le gaspillage alimentaire et répondre à une demande de la population avec des produits locaux devient un moyen efficace de conjuguer conscience écologique et nécessité sociale.

Bien évidemment, une initiative de redistribution comme les frigos communautaires ne répond pas pleinement à l’enjeu alimentaire de la transition socioécologique. Il est aussi nécessaire de revoir notre manière de produire et de s’approvisionner en aliments, à l’instar de la municipalité de Saint-Bruno-de-Montarville en mars 2017. En effet, depuis quelques années, la population montrait « un intérêt marqué pour les enjeux liés à l’achat et à l’approvisionnement local ainsi qu’aux saines habitudes de vie12 ». Cette volonté populaire pour une nouvelle forme de système alimentaire a donné naissance à la politique « ville nourricière » de la municipalité qui vise à « recueillir les connaissances nécessaires pour proposer et mettre en œuvre des initiatives pour faire évoluer la municipalité vers un système alimentaire durable13 ». On assiste alors à une véritable réorientation de l’approvisionnement et de la production alimentaire d’une communauté en faveur de la volonté et des désirs de la population. Le déploiement de la politique alimentaire a suscité l’apparition de nouvelles initiatives, comme l’installation de ruches urbaines par un organisme jeunesse ou une collecte de surplus agricoles en faveur des moins nantis. Ces initiatives trouvent leur origine dans la transformation du rapport de la population avec son environnement et son approvisionnement alimentaire14. 

Dans un de ses récents ouvrages, Rob Hopkins lui-même témoigne du développement de l’agriculture urbaine montréalaise. À propos du Sommet de l’agriculture urbaine de Villeray en 2012, l’auteur souligne que « le but est de trouver comment favoriser en ville une agriculture qui dépend moins du pétrole, rassemble les gens, les soigne et les rapproche de la nature15 ». Face à cette réappropriation citoyenne de l’espace urbain et de la production, on voit apparaître des initiatives comme les Incroyables Comestibles. Né en Angleterre, ce mouvement fait la promotion de « l’agriculture urbaine participative en invitant les citoyen[·ne·]s à planter partout où c’est possible et à mettre les récoltes en partage16 ». Cette initiative de réappropriation de l’espace en faveur de la population et de l’alimentation prend de l’ampleur au Québec, et ce, bien en dehors de la ville de Montréal. Au Québec, les Incroyables Comestibles fleurissent de Rimouski à Sherbrooke en passant par Alma, Trois-Rivières et Thetford Mines17. Force est de constater que le retour à une production alimentaire locale a le vent dans les voiles sur le territoire québécois. C’est d’ailleurs ce qui fait la force des deux dernières initiatives : elles permettent de repenser l’approvisionnement alimentaire des communautés à la source tout en rapprochant la production des lieux de consommation.   

L’urbanisme autrement

Entre la difficulté d’avoir accès à des espaces verts, l’accent mis sur la voiture dans l’organisation des voies de circulations ou la lutte aux îlots de chaleur, la transformation de l’expérience urbaine peut être à la fois la cause et la solution des iniquités sociales et écologiques. Le Québec propose d’ailleurs d’ambitieuses initiatives pour faire face à cet enjeu.

L’une de ces initiatives, de plus en plus populaire, est l’urbanisme participatif. Le Centre d’écologie urbaine de Montréal (CÉUM) propose une démarche en six temps qui « insiste sur l’importance de la participation citoyenne pour créer des milieux de vie plus humains qui répondent aux besoins de la population18 ». À travers des rencontres et des consultations publiques, ce processus invite les citoyennes et les citoyens à partager leurs expériences quotidiennes du milieu pour compléter l’expertise professionnelle19. L’urbanisme participatif permet ainsi d’avoir un impact concret sur l’environnement immédiat de la population en l’incluant davantage dans le processus de décision et d’aménagement. Bien entendu, ce type de projet nécessite la collaboration des élu·e·s, mais l’initiative citoyenne demeure au cœur de la mise en place de projets d’urbanisme participatif. Au Québec, on retrouve plusieurs exemples de projets en ce sens, comme la consultation pour les aîné·e·s de Plessisville, le développement de la mobilité durable dans le quartier Saint-Sauveur de Québec ou encore le woonerf20 du quartier montréalais Saint-Henri21. Cette approche dans l’élaboration des milieux de vie oblige l’administration municipale et les spécialistes de l’aménagement à tenir compte de la réalité quotidienne de la population tout en favorisant le dialogue démocratique entre les membres du projet22. 

Revoir l’aménagement urbain de la ville, dans une perspective de transition socioécologique, passe également par la mise en place et le développement d’espaces verts. C’est bien connu, la présence d’espaces verts dans un quartier améliore la santé physique et mentale tout en favorisant l’activité physique et les relations sociales23. Les ruelles vertes sont un exemple concret des possibilités qui s’offrent aux citoyennes et citoyens pour construire des milieux de vie agréables. Apparues dans le paysage montréalais dans les années 1990, les ruelles vertes composent aujourd’hui 14,5 % des ruelles de la métropole24. Ce type d’aménagement s’inscrit parfaitement dans la perspective de l’urbanisme participatif et elle peut favoriser le développement de l’agriculture urbaine. Concernant l’impact des ruelles vertes, Isabelle Mazoyer note leur importance :

Lorsque les citoyen[·ne·]s entament le processus de ruelle verte, il en résulte une participation citoyenne qui engendre des initiatives favorisant la transition écologique dans la ruelle et qui, par le resserrement des liens sociaux et le sentiment d’appartenance au quartier, permettent le renforcement de l’écocitoyenneté25.

Bien qu’il soit difficile pour les individus d’influer sur l’urbanisme de manière isolée sans avoir recours aux instances politiques et administratives, il reste que les initiatives populaires réussissent souvent à avoir une influence sur ces dernières, comme en témoigne l’adoption de certaines politiques municipales. À Montréal notamment, l’arrondissement de RosemontLa Petite-Patrie a adopté une réglementation stricte concernant les toits qui doivent désormais refléter le soleil ou être végétalisés. Dans l'arrondissement Saint-Laurent, les politiques environnementales s’attardent sur la place des stationnements. 

Le développement social

Inévitablement, réussir la transition socioécologique à partir de la ville passe par la réduction des inégalités sociales et l’amélioration des conditions de vie. Les transformations participant à la transition doivent permettre une plus grande justice et des chances équitables pour toutes et tous. Comme nous l’avons vu, plusieurs initiatives relevant de l’expérience alimentaire et de la transformation de la trame urbaine permettent de pallier les inégalités sociales. Néanmoins, il est essentiel de s’attaquer directement aux inégalités sociales des villes pour favoriser de meilleures conditions de vie pour toutes et tous. Encore une fois, l’espace urbain québécois n’est pas en reste pour tester de nouvelles façons d’améliorer la société, comme en témoignent les trois exemples montréalais suivants.

Dans le domaine des savoirs et des services, le quartier de Villeray à Montréal a vu naître une initiative surprenante. La Remise, bibliothèque d’outils, cherche à renverser les modes de consommations actuels et à renforcer les liens communautaires. L’objectif de l’organisme est « de mettre en commun des appareils utilitaires, des espaces de travail et des connaissances afin d’augmenter la capacité d’agir de ses membres tout en facilitant une transition vers un mode de vie plus résilient, solidaire et écologiquement responsable26. Ainsi, La Remise, en offrant la location d’outils à bas prix, un endroit pour travailler ainsi qu’un lieu d’échange de connaissances et de savoirs, permet de répondre à des besoins que toutes et tous ne peuvent pas nécessairement s’offrir, comme l’expertise d’un menuisier ou d’une menuisière ou encore l’outillage pour entreprendre ses propres travaux. De plus, cette initiative favorise l’entraide communautaire en mettant en relation les citoyens et citoyennes d’un même quartier, qui autrement ne se seraient peut-être pas rencontré·e·s.

Dans Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, l’éducation rencontre le recyclage. Entreprise sans but lucratif, SOS Vélo a pour « mission fondamentale et prioritaire [...] l’insertion sociale et professionnelle d’adultes âgé[·e·]s de 18 à 55 ans27 ». L’entreprise, qui se spécialise dans la récupération et le recyclage de vélos, propose des formations rémunérées dans le domaine de la mécanique, du service à la clientèle, de la peinture et du travail général manufacturier. SOS Vélo facilite donc l’accès au travail et le développement des compétences pour les populations vulnérables tout en œuvrant contre le gaspillage des ressources. Ce genre d’entreprise offre une alternative digne au marché de l’emploi traditionnel sans pour autant négliger son impact écologique.

À Montréal-Nord, la dignité est intrinsèquement liée au marché Bon Accueil28. Les organismes de redistribution alimentaire sont d’excellents exemples de solutions au gaspillage alimentaire. Il n’en demeure pas moins que les personnes qui fréquentent les banques alimentaires doivent faire avec ce qu’on leur donne. Au marché Bon Accueil, c’est différent : il s’agit de la première épicerie gratuite de Montréal. Basé sur le modèle d’une épicerie traditionnelle, l’organisme récolte des produits frais et des produits non périssables grâce au soutien de plusieurs partenaires. Les gens peuvent ensuite s’inscrire pour devenir membres et obtenir l’accès à un certain poids de nourriture selon leurs revenus. Ainsi, à mi-chemin entre l’épicerie conventionnelle et la banque alimentaire, le Marché Bon Accueil permet aux utilisatrices et utilisateurs de choisir les denrées et de garder un contrôle sur leur alimentation. Une autre initiative qui fait socialement du bien tout en évitant les impacts écologiques du gaspillage alimentaire.

Entrevoir le meilleur des mondes 

En entrevue pour le quotidien Le Devoir, René Audet, titulaire de la Chaire de recherche sur la transition écologique de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), soutenait ceci : « La transition est une occasion pour refaire la cohésion sociale, refaire la société autour d’un projet de transformation [...]. Il faut que ce soit ancré dans la vie des gens. Et, pour ça, il faut qu’on leur parle29. » C’est pourquoi la ville est un espace de choix pour amorcer une transition socioécologique. Malgré ses défis, une transformation de la ville offre, comme nous l’avons vu, une multitude d’opportunités pour changer le monde. Elle offre surtout la possibilité d’entamer le dialogue sur la société que nous voulons pour demain.

Travailler vers la transition socioécologique implique de revoir nos façons de faire et de s’organiser à travers notre environnement. C’est ce que propose l’espace urbain pour démarrer la transition : œuvrer à améliorer notre chez-soi, notre lieu de travail, notre rue, notre quartier, notre communauté. Comme le mentionnait Rob Hopkins, c’est en résolvant les problèmes locaux et en développant la résilience de nos milieux de vie que se fera la lutte aux changements climatiques et la transition vers un monde plus juste pour l’environnement et l’humanité. À l’heure où la classe politique s’intéresse lentement à la question de la transition, il devient de plus en plus évident que le changement doit s’opérer par le bas. Loin des forums internationaux et des rencontres officielles, le monde de demain se joue aujourd’hui chez nous, dans nos villes.

Photo : Pixabay

1 Collectif, « The Science We Need for the Cities We Want : Working Together to Implement the Global Research Agenda on Cities and Climate Change », Cities IPCC and Climate Change Science Conference, Edmonton, 7 mars 2018. citiesipcc.org/wp-content/uploads/2018/03/The-Science-We-need-for-Cities-We-want_March-7_Edmonton-1.pdf.

2 Mathieu Bélanger, « Vous êtes les élus du minuit moins une », Le Droit, 21 mars 2019. www.ledroit.com/actualites/gatineau/vous-etes-les-elus-du-minuit-moins-u....

3 Voir « Tableau 1.7 Répartition de la population selon la taille des centres de population, recensements de 2011 et 2016 » de Statistique Canada, « Centre de population (CTRPOP) », mis à jour le 3 janvier 2019. www12.statcan.gc.ca/census-recensement/2016/ref/dict/geo049a-fra.cfm.

4 François Euvé, « L’écologie comme enjeu social », Études, vol. janvier, n° 1, 2019 : 5-6. www.cairn.info/revue-etudes-2019-1-page-5.htm#.

5 Rob Hopkins, Manuel de transition : de la dépendance au pétrole à la résilience locale, Montréal : Écosociété, 2010.

6Ibid., p. 13.

7Ibid., p. 18-20

8Ibid., p. 12.

9 Développée dans les années 1970 par Bill Molison et David Holmgren, la permaculture se veut une approche misant sur les lois de la nature pour mettre en place des écosystèmes durables ; Bernard Alonso et Cécile Guiochon, Permaculture humaine : Des clés pour vivre la transition, Montréal : Écosociété, 2016, p. 22.

10Ibid., p. 12.

11 Ariane Carpentier, propos recueillis par l’auteur le 29 avril 2019.

12 François Grenier, « Ville nourricière : Saint-Bruno-de-Montarville innove et défriche le terrain », Cent degrés, 22 janvier 2018. centdegres.ca/magazine/politique-et-economie/ville-nourriciere-saint-bruno-de-montarville-innove-defriche-terrain/.

13 Anik Fortin et Ville de Saint-Bruno-de-Montarville, Politique Ville Nourricière 2017, Saint-Bruno-de-Montarville, 2017. stbruno.ca/ville/politiques-et-plans-daction/ville-nourriciere/.

14Ibid.

15 Rob Hopkins, Ils changent le monde! 1001 initiatives de transition écologique, Paris : Seuil, 2014, p. 74.

16 Les Incroyables Comestibles, « Qui sommes-nous ? », consulté le 1er mai 2019. lesincroyablescomestibles.fr/qui-sommes-nous/.

17Ibid.

18 Centre d’écologie urbaine de Montréal, L’urbanisme participatif. Aménager la ville avec et pour ses citoyens, Montréal, 2015, p. 2. urbanismeparticipatif.ca/sites/default/files/upload/document/rqv_guide_urba_parti_fra.pdf.

19Ibid., p. 4

20 Terme néerlandais se rapportant à l’idée de « rue conviviale » ; ibid., p. 11.

21Ibid., pp. 8-11. 

22Ibid., p. 5.

23 À ce sujet, voir la recherche suivante : Mélanie Beaudoin et Marie-Eve Levasseur, Verdir les villes pour la santé de la population, Québec : Institut national de santé publique du Québec, 2017. www.inspq.qc.ca/publications/2265,

24 Annabelle Mazoyer, « Analyse sociologique de l’émergence du phénomène des ruelles vertes sur l’île de Montréal », Mémoire de maîtrise, Université du Québec à Montréal — Département de sociologie, Montréal, 2018, p. 23. archipel.uqam.ca/12250/.

25Ibid., p. 108.

26 La Remise, « Notre mission », consulté le 5 mai 2019. laremise.ca/la-remise/notre-mission/.

27 SOSVélo, consulté le 5 mai 2019. www.sosvelo.ca/.

28 Mission Bon Accueil, « Marché Bon Accueil », consulté le 5 mai 2019. missionbonaccueil.com/services-fr/nourriture/marche-bon-accueil/.

29 Etienne Plamondon Emond, « Rebâtir la cohésion sociale par la transition écologique », Le Devoir, 21 avril 2018. www.ledevoir.com/societe/environnement/525470/rebatir-la-cohesion-social....