Minorisation médiatique et stratégies communicationnelles des groupes stigmatisés Analyse comparée des « printemps » chilien (2011) et québécois (2012)

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Minorisation médiatique et stratégies communicationnelles des groupes stigmatisés Analyse comparée des « printemps » chilien (2011) et québécois (2012)
Analyses
| par Ricardo Penafiel |

Minorisation médiatique et stratégies communicationnelles des groupes stigmatisés

Analyse comparée des « printemps » chilien (2011) et québécois (2012)

 

Le statut de « minorité » ne correspond pas nécessairement à la faible proportion d’un groupe par rapport à un ensemble social plus vaste. En Afrique du Sud, par exemple, sous l’apartheid, bien que les « Noirs » représentaient 80% de la population et les « Blancs » seulement 10%, ce sont les Noirs qui étaient minorisés par une minorité dominante. On pourrait dire la même chose par rapport aux femmes qui représentent 50% de la population mais se voient marginalisées de l’espace public par divers mécanismes de minorisation patriarcale. De même, pour les pauvres ou tout autre groupe subalterne, leur sous-représentation dans l’espace public et dans les médias ne dépend pas tant de leur importance numérique que de processus de mal-représentation qui tendent à les minoriser dans les deux sens du terme : à les amoindrir en quantité autant qu’en qualité.

Un processus analogue se produit avec les forces sociales et politiques. Certains groupes ou mouvements d’idées, autant que d’action, auront tendance à être marginalisés de l’espace public et médiatique ou encore à être stigmatisés, à n’exister publiquement qu’en tant que fétiche ou lieu commun, reproduisant un préjugé et une position « inférieure ». À l’inverse, les groupes politiques dominants – possédant davantage de capital financier autant que culturel, social et politique – auront tendance à être surreprésentés et à hégémoniser l’ensemble de la scène politique jusqu’à ce qu’il n’existe pratiquement plus que leur version narrative dans l’espace public.

Les gouvernements représentatifs 1] tendent à réduire la diversité de positions politiques à quelques tendances générales représentées par des partis. Cependant, la scène politique, elle, ne se réduit pas aux partis. Elle inclut des syndicats, des organisations patronales, des mouvements sociaux, des associations civiles, etc[2]. Pourtant, la valeur ou même l’existence de chacune de ces forces n’est pas gravée dans le marbre. Bien que des lois, des conventions et des règlements encadrent le comportement de ces acteurs – comme le Code du travail, la Loi sur l’accréditation et le financement des associations étudiantes ou les droits d’association, d’expression et de manifestation – le statut de force politique ne lui sera pas nécessairement reconnu par le pouvoir ou par l’ensemble des autres acteurs de la scène.

Au Québec, le déni de reconnaissance[3], subi par les associations étudiantes lors du « Printemps érable », illustre bien la précarité et le caractère relationnel du statut d’acteur politique. D’ailleurs, la capacité du mouvement de grève à maintenir la mobilisation malgré la répression et le mépris[4], de même que sa massification subséquente, engendrant l’un des plus importants mouvements de contestation de l’histoire du Québec, montrent également que les acteurs sociaux ne font pas que subir les positions « subalternes » que l’ordre symbolique[5] tend à leur attribuer.

Les sans-part[6] peuvent parler[7], même si le pouvoir leur dénie cette capacité. Elles et ils parlent mais la police n’entend que des cris ou du bruit. C’est même au moment où les laissés-es-pour-compte surgissent par effraction dans l’espace public d’où ils et elles étaient exclus-es, en exigeant de s’y faire compter (et conter), que surgit le politique, que le social cesse de se reproduire sur ses propres bases naturalisées et que l’on peut entreprendre collectivement un débat réflexif et démocratique sur les fondements de l’être ensemble. C’est aussi à ce moment, et pour cette même raison, que le pouvoir a tendance à criminaliser l’exercice de droits fondamentaux (comme ceux d’association, d’expression et de réunion) et à nier le statut d’interlocuteur légitime à ceux et celles qui prétendent participer démocratiquement à la décision politique monopolisée par les « représentants-es ». Et le moyen le plus simple et habituel pour discréditer les tentatives de participation citoyenne c’est de la décrier comme violente.

La criminalisation communicationnelle de l’action collective

 

D’emblée, lorsqu’on parle de criminalisation des mouvements sociaux[8], on aurait tendance à penser à un phénomène policier, juridique ou législatif. Pourtant, il s’agit d’abord et avant tout d’un phénomène discursif ou communicationnel. Pour rester dans l’exemple du Printemps érable, on pourrait croire que la criminalisation du mouvement de protestation relève du Projet de loi 78 (devenu la loi 12) ou du règlement municipal montréalais P-6. Pourtant, pendant le « Printemps de la matraque[9] », aucune arrestation n’a été réalisée en vertu de ces lois et règlements liberticides[10], les forces de l’ordre préférant utiliser des figures pénales antérieures concernant l’attroupement illégal ou l’entrave à la circulation[11].

Ce qui permet de traiter un droit fondamental comme s’il s’agissait d’un crime, ce n’est pas tant des changements législatifs que l’interprétation de lois existant antérieurement. Qu’elle soit le fait de juges acquiesçant systématiquement aux demandes d’injonction d’individus questionnant le droit d’association[12] au nom d’un supposé droit de non-association[13], qu’elle relève du jugement d’un chef de police décidant de procéder à des arrestations de masse[14] ou de décideurs et décideuses politiques refusant de négocier avec des associations étudiantes qui « encouragent la violence[15] », dans tous les cas, il s’agit moins d’une question juridique que d’une question d’interprétation du droit relevant de conditions de possibilité[16] se jouant, en grande partie, dans l’espace médiatique.

Si loin, si proches
Une analyse comparée des Printemps chilien et québécois

 

Si l’espace public se construit en interaction avec l’espace médiatique, les relations entre la scène politique concrète et la scène politique représentée dans les médias ne sont pas directes ou inéquivoques. Comme on vient de le voir, bien que certains groupes et intérêts sont surreprésentés et d’autres sous-représentés ou mal-représentés, il est toujours possible pour un groupe politique « minorisé » médiatiquement de développer des stratégies alternatives pour apparaître dans l’espace public et même devenir le centre de l’échiquier politique, ne serait-ce qu’un certain temps.

C’est ce qui s’est produit, avec un étonnant parallélisme, au Chili entre juin et décembre 2011 et au Québec entre février et juillet 2012. Devant l’intransigeance de gouvernements ne reconnaissant pas la représentativité des associations étudiantes ni la légitimité de la grève ou de la rue comme mode de participation citoyenne, deux conflits étudiants ont débordé de leur cadre strictement éducationnel pour se transformer en d’immenses mouvements contestataires transgressifs[17] questionnant « radicalement » (à la racine) l’organisation sociale et politique.

Malgré leur commune capacité à mobiliser et à mettre en échec les tentatives de minorisation, ces deux mouvements n’ont pas connu exactement les mêmes succès. Par exemple, alors qu’au Québec l’appui au mouvement étudiant n’a jamais dépassé les 50% dans les sondages, au Chili cet appui est passé de 37% avant le conflit à plus de 80% à la fin. Étant donné leurs nombreuses similitudes et leurs différences spécifiques, l’analyse comparée des conflits étudiants au Chili en 2011 et au Québec en 2012 permet, entre autres, d’évaluer l’efficacité relative des différentes stratégies communicationnelles déployées par ces mouvements afin de subvertir cette minorisation symbolique.

Démocratie, participation citoyenne et violence politique

 

Bien que légalement reconnues et historiquement confirmées par tous les gouvernements qui ont négocié avec elles la fin de grèves qu’elles ont menées, les associations étudiantes du Chili et du Québec connaissent depuis quelques années des processus de criminalisation[18] se traduisant, entre autres, par un déni du statut d’interlocuteur politique, de la répression et des arrestations de masse, au nom de la supposée violence et de l’illégalité des grèves ou des manifestations.

Les valeurs de violence, de délinquance ou d’illégalité attribuées à certaines actions ou associations ne dépendent pourtant pas de « faits » univoques ou de lois clairement établies. Par exemple, alors qu’au début du 21e siècle toute manifestation était considérée comme une atteinte à l’ordre public et réprimée en conséquence de manière extrêmement violente, et souvent sanglante, autour des années 1960[19] se développe une tolérance aux manifestations permettant une croissante participation citoyenne aux débats publics[20]. Le même geste ou action, donc, change de valeur selon son cadre d’interprétation.

Pourtant, dans ces mêmes années 1960, comme conséquence des espaces de participation démocratique arrachés par les mouvements sociaux aux élites gouvernantes, surgit un révisionnisme théorique identifiant l’implication du peuple en politique comme la source de « la crise de la démocratie[21] ». Ce courant théorique de la « Stable Democracy » s’inspire de la « méthode démocratique » schumpeterienne[22] qui, en établissant une distinction entre la démocratie moderne et celle des « anciens », affirme que la démocratie ne peut viser la participation de quiconque à la décision publique, mais doit se limiter à une compétition entre élites politiques pour le vote populaire. La participation populaire dans cette dite démocratie « doit » se limiter au vote périodique car les masses seraient myopes et incompétentes.

Ce travestissement du gouvernement représentatif[23] en démocratie n’est malheureusement pas que le fait de quelques théoriciens du politique. Cette interprétation, produite par les intellectuels organiques des élites, s’est propagée à l’ensemble du corps social, à travers des « appareils idéologiques d’État »[24], comme les médias, faisant en sorte qu’on ne puisse pratiquement plus dissocier la démocratie de l’élection d’une élite gouvernante et qu’à l’inverse, on considère comme violente et comme un danger pour la démocratie la participation de « quiconque » au débat public.

« Ils n’ont même pas de votes dans les urnes, seulement des cris dans la rue »

 

L’idéologie de la Stable Democracy rend possibles des déclarations comme celle servant d’intertitre à cette partie. Cette affirmation provient de l’ancien ministre de l’Éducation du Chili, Joaquín Lavín, alors qu’il décriait le mouvement de grèves étudiantes et les immenses manifestations d’appui[25]. Cependant, cet énoncé anti-participationniste aurait très bien pu être prononcé par l’ex-ministre de l’Éducation du Québec, Lyne Beauchamp, qui affirmait devant l’Assemblée nationale, le 26 avril 2012 :

On s'est donné un système démocratique, on s'est donné une Assemblée nationale du Québec, on s'est donné des élus du peuple parce que la démocratie est une façon de régler nos différends sans violence dans notre société. C’est le principe même d'un système démocratique. Et, je le répète, il ne serait pas digne d'une Assemblée nationale et d'élus du peuple de céder à des gestes de violence, céder à de l'intimidation, céder à de la désobéissance civile qui implique de la violence.

Réduisant la démocratie à la délégation de la souveraineté populaire à un petit groupe (oligarchie) de « représentants-es », cette conception « délégative[26] » de la démocratie considère comme violent et illégal l’exercice des droits démocratiques fondamentaux[27].

Pourtant, il ne s’agit là que de positions partielles. Indépendamment de la légitimité électorale clamée par les gouvernements, cela n’implique pas d’emblée que l’opinion publique ou les institutions démocratiques vont nécessairement suivre ce révisionnisme. L’efficacité concrète de la stratégie rhétorique du gouvernement dépend aussi des réactions des autres acteurs et actrices de la scène politique, y compris des associations étudiantes qui peuvent construire des « images de soi » (éthos) mettant en échec les stigmates de violence et d’illégalité que les gouvernements cherchent à leur apposer.

Violence et images de soi
Stratégies communicationnelles alternatives de groupes minorisés

 

« Si lutter pour tes droits c’est de la délinquance, nous sommes tous délinquants »
« Ni terroristes ni délinquants / [Seulement des] Étudiants-es Conscients-es »

Devant la stigmatisation des grèves, occupations et manifestations étudiantes comme des actes de terrorisme ou de délinquance, on voit surgir des positions « dialogiques » tâchant de « rectifier les faits » : « Ni terroristes ni délinquants / [Seulement des] Étudiants-es Conscients-es ». Souvent faites sur le ton de l’ironie, on retourne le stigmate pour s’en revendiquer : « Si lutter pour tes droits c’est de la délinquance, nous sommes tous délinquants. » De la même manière, au Québec, l’initiative « Arrêtez-moi quelqu’un! » est parvenue à cumuler plus de 5 300 déclarations en image dénonçant le projet de loi 78 en exprimant :

« Charest désobéit à la démocratie, je désobéis à la loi 78 » ; « ceux qui ont voté la loi 78 sont des criminels » ; « Si la loi est contre le peuple, alors le peuple sera hors-la-loi » ; « Je suis libre, donc je désobéis » ; « à mépris total, refus global »[28]

Dans ces énoncés ironiques ou paradoxaux, on peut apprécier le renversement des valeurs opéré autour d’une opposition entre la loi (élus-es, parlementaires, mépris, etc.) et la légitimité (peuple, démocratie, liberté, conscience, etc.). Par contre, pour que ces ellipses argumentatives[29] fonctionnent, il est nécessaire de partager les codes de valeur plaçant la démocratie et le peuple au-dessus des lois et des élus-es. Autrement dit, ces messages permettent de consolider la croyance des convertis-es mais pas nécessairement de convaincre des personnes qui n’étaient pas déjà convaincues.

Or, la construction et la gestion de l’image de soi n’est pas un acte unilatéral mais le fruit d’une constante négociation (ou confrontation) où l’on doit s’adapter aux éthos préalables, institués ou « imposés » de manière interactive[30] par son interlocuteur ou interlocutrice. Ces principes développés en fonction d’interactions énonciatives « face à face », s’appliquent également dans le cas de l’éthos discursif ou collectif, impliquant des interactions « médiatisées » et différées. Aussi, pour pouvoir mettre en échec la stratégie rhétorique du pouvoir consistant à montrer l’action collective contestataire comme un crime, il ne suffit pas de dire « je ne suis pas délinquant mais conscient » ou de dire ironiquement « nous sommes tous des délinquants ». Il faut « montrer » que l’image de soi projetée par ses adversaires et reproduite sans grande distance critique par les médias est fausse, sans avoir à le dire.

Ironie et renversement de la stigmatisation

 

Cela ne signifie pas que l’ironie ne puisse pas être utilisée comme l’arme rhétorique redoutable qu’elle est. Au contraire, devant une situation kafkaïenne où tout acte posé pour se défendre pourra être utilisé comme preuve de culpabilité, l’ironie est souvent le meilleur moyen d’enrayer le mécanisme du piège.

C’est ce qu’ont fait les étudiants-es chiliens-nes en développant, spontanément[31], une série de « flashmobs[32] » (manifestations ou foules éclair) qui, sans rien compromettre de leur caractère « ludique », n’ont été que plus efficaces politiquement pour désamorcer les accusations de violence les excluant de l’espace public et médiatique.

La première convocation a été un « Thriller pour l’éducation » qui, après une convocation Facebook, rassembla près de 7 000 personnes devant La Moneda (Palais présidentiel) pour une chorégraphie du fameux clip de Michael Jackson, sans autre message que d’apparaître dans l’espace public sans se faire réprimer et accuser de violence.

Pour reprendre les termes de Felipe Villaseca, l’un des instigateurs de l’événement :

Nous cherchions une forme de mobilisation qui ne puisse pas être criminalisée. Pour la manifestation antérieure nous étions plus de 100 000 personnes et tout le monde et les médias d’information n’ont montré que les quelques échauffourées avec la police, sans mentionner l’ampleur de la manifestation pacifique. Alors, tout le monde voulait trouver une manière de manifester qui ne donne aucune chance aux médias de montrer quoi que ce soit de négatif.

Et c’est précisément ce qui s’est produit. Le lendemain, les médias de communication n’ont parlé pratiquement que de cette manifestation, insistant sur son caractère ludique et bon enfant. Même les émissions de variété ont abordé le sujet du conflit étudiant, alors que ce type d’information n’avait pratiquement pas été couvert jusqu’alors par ce type d’émissions. Par la suite ce fut un déferlement d’initiatives comme une course à relais de 1800 heures autour de La Moneda (siège du gouvernement), d’autres flashmobs portant sur des thèmes aussi loufoques que Lady Gaga, les Super héros, le Grand « iiiiii », Dragon Ball Z, besatón (marathon de baisers), die-in, à la plage, « à poil pour/par l’éducation », etc.

Ce même type d’actions a été utilisé au Québec, par exemple dans les maNufestations (manifestations nues), les die-in, les marches nocturnes, les casseroles, l’Anarchopanda ou la Bananarchie. Par contre, bien que ces nouveaux répertoires d’action collective[33] soient parvenus dans les deux cas à interagir avec les médias de masse et à récupérer une certaine part de contrôle sur l’image médiatique de soi, l’aspect ironique de la mise en scène a été beaucoup moins assumé au Québec qu’au Chili. Les flashmobs québécoises collaient davantage au conflit que les Michael Jackson, Lady Gaga ou Dragon Ball Z chiliens. Pathétiquement, les mobilisations purement ludiques sont davantage parvenues à neutraliser l’anti-éthos de la violence et à capter l’attention des médias que les mobilisations subordonnant des éléments de ludiques à un message politique. La grandeur carnavalesque des chorégraphies — comme, par exemple, celle d’une immense boule (Z ball) de près de huit mètres de diamètre qui a parcouru le centre-ville de Santiago pour « sauver l’éducation avec l’aide de toute la population » — a réussi à capter l’intérêt des médias de telle sorte que ceux-ci dédiaient davantage de temps à rendre compte de « la nouvelle action de protestation massive créative et festive que les étudiants nous offrent aujourd’hui » qu’au discours gouvernemental sur la violence[34].

La part du ludique et du négatif en politique

 

Cela en dit long sur le traitement de l’information ou les effets de cadrage des médias. Mais cela nous renseigne également sur les manières par lesquelles on publicise une cause et sur la part de « négativité » qu’implique la construction d’un référent politique. En effet, pour devenir le symbole ou le signifiant vide[35] d’une subjectivation politique contre-hégémonique, les étudiants-es (ou tout autre référent politique), doivent se vider de leurs sens « propres » (intérêts spécifiques) pour signifier les griefs et aspiration d’un ensemble social beaucoup plus large. Pour le dire de manière synthétique : Less is more.

Évidemment, les distinctions entre le Chili et le Québec ne se limitent aucunement au degré d’ironie de leurs flashmobs. Il faut tenir en considération d’importants éléments de contexte, comme l’importance d’un discours et de pratiques critiques antérieures et externes au mouvement étudiant, la plus ou moins grande ouverture de l’espace médiatique aux débats politiques ou la quantité et la qualité des appuis d’acteurs sociaux et politiques comme les recteurs et rectrices, les professeurs-es, les syndicats, etc.

Cependant l’analyse comparée de ces nouveaux répertoires d’action collective apporte d’étonnants apprentissages quant à l’efficacité du ludique et du carnavalesque en tant que mise en scène permettant d’apparaître dans un espace public et médiatique duquel on est exclu.

 

[1]                Manin, Bernard.2012. Principes du gouvernement représentatif. Paris : Flammarion.

[2]                Il est à noter que ces forces politiques instituées n’épuisent pas le spectre de positions existantes. Beaucoup d’autres positions existent sans être reconnues.

[3]                Honneth, Axel. 2000. La Lutte pour la reconnaissance. Paris : Cerf.

[4]                Honneth, Axel. 2006. La société du mépris. Vers une nouvelle Théorie critique. Paris : La Découverte.

[5]                Laclau, Ernesto et Chantal Mouffe. 1985. Hegemony and Socialist Strategy, Towards a Radical Democratic Politics. Londres : Verso.

[6]                Rancière, Jacques. 1995. La Mésentente. Politique et Philosophie. Paris : Galilée.

[7]                Cette formule fait référence à l’ouvrage de Gayatri Chakravorty Spivak. 2006. Les subalternes peuvent-elles parler ?. Paris : Éditions Amsterdam.

[8]                Voir, par exemple, Svampa Maristella. 2009. « Mouvements sociaux, matrices sociopolitiques et nouveaux contextes en Amérique latine ». Problèmes d'Amérique latine 74 : 113-136. Voir également, Seoane, José (dir.). 2003. Movimientos sociales y conflicto en América Latina. Buenos Aires : Consejo Latinoamericano de Ciencias Sociales (CLACSO).

[9]                Dupuis-Déri, Francis. 2013. « Printemps érable, ou, Printemps de la matraque? : Profilage politique et répression sélective pendant la grève étudiante de 2012 ». À qui la rue? : répression policière et mouvements sociaux. Montréal : Écosociété, 198-241.

[10]              Dénoncés par les organismes de défense des droits et invalidés par les tribunaux sur de nombreux points et à de nombreuses reprises.

[11]              Pour une analyse plus détaillée, voir Peñafiel, Ricardo. 2015. « La criminalisation de la participation citoyenne par des conceptions consensualistes de la démocratie participative », Revue québécoise de droit international, Hors-série, mars 2015, L'État de droit en Amérique latine et au Canada :247-271.

[12]              Et la formule Rand (sur l’unité de la représentation syndicale) reproduite dans la Loi sur l’accréditation et le financement des associations d’élèves ou d’étudiants.

[13]              Desjardins, Christiane. 2012. « Grève étudiante : le juge en chef s’en mêle ». La Presse, 2 mai 2012, http://www.lapresse.ca/actualites/dossiers/conflit-etudiant/201205/02/01-4521224-greve-etudiante-le-juge-en-chef-sen-mele.php

[14]              À ce sujet, voir notamment, le Rapport de la Commission spéciale d’examen des événements du printemps 2012, http://www.securitepublique.gouv.qc.ca/fileadmin/Documents/police/publications/rapport_CSEEP2012/rapport_CSEP2012.pdf

[15]              Gervais, Lisa-Marie. 2012. « Droits de scolarité: Québec refuse l'offre de discussion des étudiants ». Le Devoir, 26 avril 2012 http://www.ledevoir.com/politique/quebec/348516/exclusion-de-la-classe-charest-affirme-qu-il-a-pris-ses-responsabilites

[16]              Michel Foucault. 1969. L’archéologie du savoir. Paris : Gallimard.

[17]              McAdam, Doug, Sidney Tarrow et Charles Tilly. 2001. Dynamics of contention. Cambridge : Cambridge University Press.

[18]              Comme la plupart des mouvements sociaux d’envergure un peu partout sur le globe.

[19]              Suite notamment aux escalades de violence suivant la répression démesurée, rendant celle-ci contre-productive 

[20]              Fillieule, Olivier et Danielle Tartakowsky. 2014. La manifestation. Paris : Presses de Sciences Po.

[21]              Crozier, Michel, Samuel Huntington et Joji Watanuki. 1975. The Crisis of Democracy : Report on the Governability of Democracies to the Trilateral Commission. New York : New York University Press.

[22]              Joseph A. Schumpeter. 1990 [1942]. Capitalisme, socialisme et démocratie. Paris : Payot, 1990.

[23]              Qui, comme le montre Bernard Manin (op. cit.), n’est qu’une aristocratie élective.

[24]              Althusser, Louis. 1976. « Idéologie et appareils idéologiques d’État ». Positions (1964-1975). Paris : Les Éditions sociales, 67-125.

[25]              Symptomatiquement, le ministre Lavín a perdu son poste du fait de son incapacité à gérer le conflit étudiant…

[26]              O’Donnell, Guillermo. 1994. « Delegative Democracy ». Journal of Democracy 5 (1) : 55-69.

[27]              Pour reprendre les termes de la Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH) : « Les grèves, les barrages routiers, l’occupation d’espaces publics, et même les tumultes qui peuvent advenir au cours de protestations sociales, peuvent occasionner des inconvénients et même des dommages qu’il est nécessaire de prévenir et de réparer. Néanmoins, les limitations disproportionnées à la protestation, en particulier lors qu’il s’agit de groupes qui n’ont d’autres moyens pour s’exprimer publiquement, compromettent sérieusement le droit à la liberté d’expression » (CIDH, 2009 : 209 ; notre traduction).

[28]              Les images ne sont plus accessibles sur le web mais on peut s’adresser aux organisateurs de la campagne : http://molotov.ca/realisations/arretez-moi-quelquun . Pour une analyse plus détaillée, voir Peñafiel, Ricardo. 2015. « Le sens des casseroles. Charivaris, cacerolazos et création d’espaces publics transgressifs dans et par le bruit ». Cahiers des imaginaires 11 : 9-28. Voir également, Peñafiel. « La criminalisation de la participation citoyenne…, op. cit.

[29]              Au sujet de la valeur argumentative des ellipses, de l’ironie ou des « lieux communs » (topoï), voir Anscombre, Jean-Claude et Oswald Ducrot. 1983. L’Argumentation dans la langue. Liège-Bruxelles : Mardaga. Voir également, Anscombre, J.-C. (éd.). 1995. Théorie des topoï. Paris : Kimé ; ainsi que 1995. « La théorie des topoï : Sémantique ou rhétorique ? ». Hermès 15 : 185-198.

[30]              Pour une articulation théorique entre la perspective rhétorique de l’éthos, la perspective goffmanienne de l’interactionnisme et la perspective discursive de la construction sociale du sens et des institutions, voir Amossy, Ruth. 2010. La présentation de soi : Ethos et identité verbale. Paris : Presses Universitaires de France.

[31]              Fuster Farfán, Xenia. 2011. « ¡A la calle estudiantes! Flashmob thriller frente al Palacio La Moneda, Santiago de Chile ». Cultura_Urbana, 9 août 2011, http://cultura-urbana.cl/%C2%A1a-la-calle-estudiantes-flashmob-thriller-frente-al-palacio-la-moneda-santiago-de-chile/

[32]              Nicholson, Judith. 2005. « Flash! mobs in the age of mobile connectivity ». Fibreculture Journal 6 (Mobility, New Social Intensities and the Coordinates of Digital Networks), http://citeseerx.ist.psu.edu/viewdoc/download?doi=10.1.1.566.6906&rep=re...

[33]              Articulant des Nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) à des formes « ludiques » d’expression publique ainsi qu’à d’autres formes d’action relativement instituées (grève, manifestations, etc.) 

[34]              Voir, par exemple, cette couverture de la flashmob Dragon Z ball : https://www.youtube.com/watch?v=pJEoZUk3NWs

[35]              Laclau, Ernesto. 2000. « De l’importance des signifiants vides en politique ». La guerre des identités, grammaire de l’émancipation. Paris : La Découverte/MAUSS, 93-107.

 

crédit photo : flickr/Diego Correa

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