L'homophobie et la dictature de la loi ou les effets de la xénophobie dans la constitution de la Russie Unie

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L'homophobie et la dictature de la loi ou les effets de la xénophobie dans la constitution de la Russie Unie
Opinions
| par Marye-Claude Belzile |

S'intéresser à la Russie Unie de Vladimir Poutine

Depuis le printemps 2013, de nouvelles informations sur la montée de l'homophobie en Russie ont fait les manchettes dans les médias de masse, autant sur internet qu'à la télévision et dans les journaux. Nous tentons dans cette analyse de revenir plus en profondeur sur les raisons qui ont suscité une telle attention et de comprendre pourquoi le gouvernement russe est considéré comme dangereux pour la communauté LGBTQ (Lesbien Gai Bisexuel Transexuel Queer). En fait, Vladimir Poutine, président de la Fédération de Russie, a, le 11 juin 2013, mis en application une loi nationale proscrivant toute démonstration publique de l'homosexualité. La loi, en français traduite par «loi anti-propagande gaie», interdit désormais toute forme d'éducation, de diffusion et d'organisation qui se ferait au nom de la diversité des orientations sexuelles et des genres.

En Russie, l’homosexualité a été décriminalisée en 1993 et le demeure toujours. Cependant, la loi adoptée par le parlement russe le 11 juin dernier interdit la «propagande de relations sexuelles non traditionnelles» sans toutefois bannir explicitement l'homosexualité. Son but consiste à empêcher «la diffusion de toute information susceptible d’éveiller l’intérêt des mineurs envers ce type de relations». Par contre, sujette à une interprétation très large, cette loi constitue un recul significatif pour les minorités sexuelles. Sans criminaliser l'acte, elle assurera que les individus non-hétérosexuels soient cachés et le demeurent. Les problèmes sociaux créées par une telle loi risquent d’avoir un impact majeur sur ces communautés.

Prévoyant la formule légale jusqu'à en faire une question de santé publique, même les dirigeants de Russie tels les maires et les députés prétendent que les homosexuel-le-s n'existent pas dans leurs villes et dans leur pays. Anatoly Pakhomov, maire élu de Sotchi, a exprimé publiquement dans un reportage réalisé par la chaîne anglaise BBC que sa ville ne comptait pas d'homosexuel-le-s. «Ce n’est pas accepté ici dans le Caucase, où nous vivons. Nous n’en n’avons pas dans nos villes [...] je ne suis pas certain, mais je n’en connais aucun.» (traduction libre), affirme-il à propos des gai-e-s. Le Huffpost Gay Voices (Huffington Post), rapportant les propos de la vidéo sur son site Internet (http://youtu.be/6IUwAOVD05s, 27 janvier 2014), poursuit la description de ces faits erronés.  On y mentionne que pourtant, au moins deux clubs de la ville accueillent les individus LGBTQ et que diverses minorités sexuelles clament leur présence à Sotchi. Si les autorités ayant voix dans les médias savent faire entendre leur volonté de mettre à néant la réalité de la diversité des orientations sexuelles, les regroupements activistes pro-LGBTQ ont été rejetés du revers de la main en 2013 lorsqu'ils ont demandé de produire un événement de la fierté gaie, et ce, malgré qu'ils aient rempli en bonne et due forme la requête auprès des instances de la ville responsables d'accorder (ou pas) le droit à ce type d'activités.

Le fait d'être autre qu'hétérosexuel-le, de vivre selon le genre contraire au sexe biologique avec lequel on est né dans une société fortement hétéro normative peut être problématique pour les gens qui le vivent. Psychologues, médecins, professeur-e-s et parents ne possèdent plus la possibilité légale de supporter les individus homosexuels, sous peine de sanctions pénales. Quiconque désirant aider ou soutenir une personne homosexuelle et ses proches ne peut plus le faire de manière organisée. Parler, défendre et enseigner les réalités non-hétérosexuelles est un crime en Russie. Les enfants de ce pays en sont le prétexte : «veuillez les laisser tranquilles», a dit le président à tou-te-s les visiteurs-euses, touristes et citoyen-ne-s de Russie. Toute sexualité qui ne porte pas à procréation est condamnée dans l'espace public, et tant que cette nouvelle loi régressiste sera maintenue par le Kremlin, supportée par la Douma et par le patriarche de Moscou, la discrimination perdurera.

Mouvement anti-Poutine

Depuis la loi anti-gai-e-s, des citoyens et citoyennes de différents pays à travers le monde s'organisent pour confronter les politicien-ne-s russes qui voyagent dans leur pays. Lors de déplacements officiels, plusieurs défenseur-e-s des droits de la personne ont levé fièrement des drapeaux aux flamboyantes couleurs de l'arc-en-ciel. L'accueil réservé au président russe à Amsterdam a été l'un des plus médiatisés. À Amsterdam la majorité des comportements humains socialement prohibés et réprimés ailleurs dans le monde sont permis et bien encadrés. De ce fait, la distance entre les pratiques sociales respectives de chacun occasionne de toute évidence une rencontre pour le moins tendue, au cours de laquelle les pouvoirs légaux de l'un contrecarrent les droits de l'autre. L'accueil réservé à Vladimir Poutine par les Amstellodamois-es s'est résumé à un rassemblement pacifique où des milliers d'individus ont brandi au visage du président russe des drapeaux arc-en-ciel et des portraits maquillés de lui-même. À New York, un boycott des produits en provenance de Russie ainsi qu'une manifestation devant l'ambassade russe ont eu lieu, réunissant des milliers de militant-e-s protestant contre la loi de Vladimir Poutine. Plus récemment, au rond-point Robert Schuman à Bruxelles (Belgique), une manifestation de solidarité aux citoyen-ne-s russes s’est déroulée, le 27 février 2014, afin de dénoncer la loi en question.  C'est le International Partnership for Human Rights qui a parrainé l'événement. Un homme isolé se prétendant nazi a temporairement  perturbé la démonstration, mais le message a retenu l'attention des médias et a encore une fois parcouru le monde à travers la presse internationale et les réseaux sociaux. À l'ouverture des Jeux Olympiques de Sotchi, l'organisme All Out, promouvant l'égalité et le droit à la diversité humaine, a proposé une mobilisation internationale de la population en demandant aux citoyen-ne-s de se regrouper devant les portes des commanditaires principaux des Jeux Olympiques. Il s’agissait d’une invitation à manifester contre le mutisme entretenu devant ces politiques. Pour une lecture complète des commanditaires visés, il est possible de consulter le site Internet de l'organisme pro-LGBTQ, All Out, à l'adresse électronique suivante: Olympic.org/sponsors.   Plus près de chez nous s’est tenu un événement le soir de l'ouverture des jeux olympiques à Montréal, sous le nom de Poutine vs Putin. Les Québécois-es ont été invités à venir manger une bouchée de poutine en démonstration de leur support aux homosexuel-le-s russes et l'initiative montréalaise a fait écho jusqu'à Vancouver.

C'est toutefois en Russie que le mouvement se fait le plus entendre. Depuis l'arrestation des membres du groupe punk rock Pussy Riots en juin 2012, de nombreuses manifestations plus ou moins violentes et ayant malheureusement fait plusieurs blessés et quelques morts se sont tenues dans les grandes villes de St-Petersbourg et de Moscou. Une vidéo du groupe performant publiquement au centre-ville de Sotchi a d'ailleurs circulé partout sur Internet. On les voit être agressées à coups de fouet par des miliciens cosaques (http://video.lefigaro.fr/figaro/video/sotchi-des-pussy-riot-agressees-avec-des-fouets/3226402651001/). Les associations de pouvoir entre l'Église orthodoxe et le Kremlin, celles liant le parti Russie Unie à la Douma de même que le président Poutine, n'ont fait que mettre le feu aux poudres dans les métropoles du pays, accentuant les rivalités civiles déjà existantes.

En plus de l'effort international donné en support aux citoyen-ne-s russes, des présidents et premiers ministres ont annoncé publiquement qu'ils ne seraient pas présents aux Jeux Olympiques de Sotchi, et ce, afin d’affirmer leur désaccord avec les politiques de M. Poutine. De plus, des athlètes et représentants ouvertement gai-e-s ont été les envoyé-e-s élu-e-s de la délégation officielle voyageant vers Sotchi. Par ailleurs, Le quotidien Metro News a rapporté le 31 janvier de cette année qu'une pétition signée par 52 athlètes olympiques (retraité-e-s ou actifs-ives) circule dans l'espoir de voir la loi anti-gai-e-s être abrogée, tout en reprochant au Comité  international olympique (CIO) son inaction devant cette injustice. Les signataires réclament que le sixième principe de la Charte olympique soit respecté à Sotchi : «les discriminations n'ont pas leur place dans le mouvement olympique».

En désirant dénoncer publiquement la négligence délibérée de Vladimir Poutine sur les droits fondamentaux des LGBTQs russes, les dénonciateurs-trices de la loi souhaitent, au-delà de la mise en lumière du pouvoir discriminatoire dont s'est emparé le gouvernement, montrer comment les individus ciblés par cette loi doivent nier leur existence dans la sphère publique depuis sa légifération. C'est de cette conséquence particulière que nous devons nous inquiéter, car elle ne touche pas que nos sociétés contemporaines, mais aussi les générations à venir qui grandiront sous le joug de cette loi. Les médias qui osent diffuser les événements engendrés par l'intolérance détiennent désormais un appui légal qui leur permet de venir en aide aux individus touchés par cette discrimination et peut-être de la réduire éventuellement. Les homosexuel-le-s, bisexuel-le-s, transgenres et autres minorités sexuelles, méritent tout autant que n'importe quel autre Russe le droit d'aimer librement et publiquement.  

SOURCES ET POUR POURSUIVRE VOTRE RÉFLEXION…

  • BROGLIE, Louis De, 1937. La physique nouvelle et les quanta. Champs Flammarion,Paris, France, 299 pages.
  • BYKOV, A.K., 2012. The Formation Of The Spirit Of Patriotism In Young Poeple.
  • Russian social Science Review, M. E. Sharpe inc., vol. 53 n°3, pages 16-30.
  • DAWKINS, Richard, 1995. Qu'est-ce que l'évolution? Le fleuve de la Vie. Pluriel,
  • Hachette Littératures, Paris, France, 193 pages.
  • EINSTEIN Albert, Léopold INFIELD, 1983. L'évolution es idées en physique. Champs
  • Flammarion, Paris, France, 287 pages.
  • GOULD, Stephen Jay, 1997. L'éventail du vivant. Le mythe du progrès. Sciences,
  • Éditions du Seuil, Paris, France, 307 pages.
  • KOZIN, N., 2012. A portfolio of the identities of young people of the south of Russia under the conditions of a civilizational choice. Russian Social Science
  • Review, M.E. Sharpe inc., É.-U., vol.53 n°3, pages 44-59.
  • MALKHOV, Vladir S., 2012. Will we Fulfill a Russian Project in Rossiia? Russian
  • Social Science Review, M. E. Sharpe inc., É.-U., vol.53 n°1 page 16.
  • MIKHAILOVA, 2012. Russian Sense of well-being and perception of the future.
  • Russian Social Science Review, M. E. Sharpe inc., É.-U., vol. 53 n°1, pages 6-61.
  • RAKITOV, A.I., 2006. The regulative world : knowledge-based society. Russian
  • Studies In Philosophy, M.E. Sharpe inc., É.-U., vol.45 n°1.
  • RUDNEV, R., 2008. Basic Values of Russian and Other Europeans. Russian Social
  • Science Review, M.E. Sharpe inc., É.-U., vol. 53 n°2, 2012, pages 62-95.
  • An International Roundtable, 2006. New information technology and the faith of
  • rationality in contemporary cultures, Russian Studies In Philosophy, M. E.
  • Sharpe, É.-U., vol. 45 n°1, pages 72-92.

CRÉDIT PHOTO: Stéphanie Bijou

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