Le sport féminin évolue mais reste précaire

crédit photo : flickr/Christos Tsoumplekas
Québec
Société
Le sport féminin évolue mais reste précaire
Analyses
| par Fabrice Samedy |

Le portrait de la place des femmes dans le sport et la possibilité de vivre de sa passion, pour les athlètes féminines affiche toujours une tendance inquiétante. Cependant, des débats se déroulent de plus en plus souvent dans la sphère publique et des organismes tentent de faire changer les choses. 

 

La situation des femmes dans le sport est préoccupante du point de vue de leur place dans les fédérations sportives. Des statistiques d’une étude la Chaire Claire-Bonenfant illustrent le manque de représentation de la population sportive féminine au poste de présidente ou à l’intérieur des conseils d’administration. Selon une étude de la Chaire Claire-Bonenfant, seulement 19 % des fédérations sportives au Québec avaient des femmes à leur tête. La représentation féminine au sein des conseils d’administration des fédérations sportives n’est guère plus reluisante, alors que 22 % des individus au sein de ces comités sont des femmes.[i]

 

Un phénomène d’abandon 

Les déboires du sport féminin ne se limitent pas au Québec, une étude de l’organisation Femmes et Sport au Canada (Canadian Women and Sport) a illustré qu’une fille sur trois âgée de 6 à 18 ans décidera d’abandonner la pratique du sport.[ii]

Le tout a commencé à l’âge de 10 ans alors qu’elle a fait la transition de la ringuette au hockey. 

Tout au long de son parcours, Mélodie a eu la chance de pratiquer son sport avec des garçons et des filles. Elle a décidé de prendre sa retraite du hockey professionnel après cinq saisons avec les Gee-Gees (ou Gris et Grenat) de l’Université d’Ottawa pour se concentrer sur sa carrière professionnelle et de se rapprocher de sa famille [iii].

 

Le sport féminin est sur la bonne voie 

L’ancienne Gee-Gees estime que le développement du sport connait une bonne progression, mais qu’il reste encore beaucoup de chemin à faire. Elle pense qu’il est « définitivement possible » pour une athlète de vivre de son sport au Québec. 

Elle a le souhait de voir le hockey féminin prospérer et devenir un moyen de vivre confortablement sa vie pour les sportives de la province : « C’est quelque chose j’aime penser qui pourrait se réaliser dans  le hockey féminin. C’est d’ailleurs sur la bonne voie avec la PWHPA (Professional Woman Hockey Players Association). »  La PWHPA est une organisation à but non lucratif qui a pour but de défendre les intérêts des joueuses de hockey professionnelles[iv].

Bruno Vachon, président par intérim d’Égale Action, va dans la même voie lorsqu’il soutient que si une athlète espère vouloir vivre de sa passion pour son sport, elle devra quitter le Québec pour rejoindre d’autres ligues ou poursuivre son entrainement dans un milieu plus adapté. « Au Québec, c’est présentement très dur de vivre de son sport pour une athlète féminine. Généralement, les athlètes [féminines] qui réussissent ont un 2e emploi pour subvenir à leurs besoins. »  

 

Un changement qui se fait attendre

C’est dans l’espoir de faire changer les choses que l’organisation Égale Action a été fondée en 2001.

L’organisation ayant Bruno Vachon à sa présidence a comme mission de rendre le système sportif québécois équitable ainsi qu’égalitaire pour la communauté féminine. L’organisme a aussi comme but d’aiderer les filles et les femmes dans le développement de leur plein potentiel. Selon une étude parue en 2014, il y a une grande disparité entre l’attention portée aux sports féminins et  ceux de leurs confrères. Cette étude a révélé que moins de 5 % de la couverture sportive canadienne concernait des femmes.[v]

Pour la Septilienne, il y a beaucoup de changements à apporter dans la promotion des sports adressés aux filles ou aux femmes au Québec. Elle a confié qu’elle voudrait voir une égalité entre la place accordée aux sports masculin et féminin : « J’aimerais voir les sports féminins à la télévision comme ceux des hommes. » a-t-elle mentionnée lors d’une entrevue à distance. 

L’équipe de hockey des Canadiens de Montréal est le centre d’attention des médias de la province, mais Mélodie Bouchard souhaite qu’une partie de cette attention soit tournée vers des athlètes féminines de haut niveau : « Nous avons des filles comme Marie-Philip Poulin, Mélodie Daoust, Anne-Renée Desbiens [et plusieurs autres] qui sont des athlètes de haut niveau et qui jouent au niveau professionnel où le niveau de jeu est d’un calibre très élevé », a-t-elle mentionné lors d’une entrevue réalisée à distance. 

Selon M. Vachon, président par intérim d’Égale Action, la place du sport féminin au Québec a évolué dans les dernières années, mais il est nécessaire de continuer à faire avancer les choses en continuant le dialogue et à poser des actions concrètes. 

La tête dirigeante de l’organisme québécois affirme que le changement doit se produire au niveau organisationnel : « Il y a des encore des barrières intrapersonnelles (estime de soi, image corporelle), mais principalement, c’est la culture organisationnelle et les biais inconscients qui créent des barrières (support financier, discrimination, stéréotypes, préjugés, harcèlement, conciliation famille-travail, plan de développement, etc.) » a-t-il dit en entrevue avec l’Esprit libre. 

 

Un manque d’opportunité pour les athlètes au Québec 

Il existe un bassin de talents féminins dans le monde du sport au Québec, mais il existe un nombre limité de ligues. L’équipe de hockey féminine les Canadiennes de Montréal a vu ses rencontres interrompues au sein de la Ligue canadienne de hockey féminin [LCHF] alors que la ligue a cessé ses activités pour des raisons économiques[vi]. La ligue a expliqué l’interruption des opérations en raison du modèle d’affaire qui n’était pas rentable.  

Quoi qu’il semble difficile de subvenir à ses besoins en tant que joueuse de hockey, il est possible de se rendre dans les compétitions mondiales et ainsi avoir la chance de représenter son pays à l’international comme la québécoise Mélodie Daoust l’a fait.  

Crédit photo :  flickr:/Christos Tsoumplekas

 

 

[i] Julie Roy, Femme et sport : Encore du chemin à faire, Journal de Montréal,10 mars 2021, https://www.journaldemontreal.com/2021/03/10/femmes-et-sport--encore-du-...

 

[ii] Canadian Women & Sport, Les filles canadiennes abandonnent le sport selon une étude nationale, https://womenandsport.ca/fr/filles-canadiennes-abandonnent-le-sport/#:~:....

 

[iii] Fabrice Samedy, La fin d’une ère pour Mélodie, La Rotonde, 5 avril 2020, http://www.larotonde.ca/la-fin-pour-melodie/

 

[iv] Zoë Hayden, Women’s Hockey : What’s a Union? (plus, a note on our coverage), The Victory Press, 29 mai 2019 , https://victorypress.org/2019/05/29/womens-hockey-whats-a-union-plus-a-n...

 

[v] Sébastien St-onge, Peu de place pour le sport féminin à la télévision québécois, L’exemplaire, 18 octobre 2018, https://www.exemplaire.com.ulaval.ca/sports/peu-de-place-pour-le-sport-f...

 

[vi] Alexandra Piché, La ligue canadienne de hockey féminin fermera ses portes, Radio-Canada, 31 mars 2019,  https://ici.radio-canada.ca/sports/1161614/hockey-feminin-ligue-canadienne-lchf-fermeture

 

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