Le pouvoir citoyen des personnes âgées : une influence limitée aux élections municipales ?

Société
Le pouvoir citoyen des personnes âgées : une influence limitée aux élections municipales ?
Analyses
| par Salomé Vallette |

Cet article est d'abord paru dans notre recueil imprimé À petite échelle : repenser le pouvoir cityoyen, disponible dans notre boutique en ligne.

Actuellement, les aîné·e·s sont ceux qui participent davantage aux différentes sphères de la société[1]. Leur pouvoir d’influence, également appelé « pouvoir gris » par certains chercheur·e·s, est reconnu autant au niveau de leurs implications sociales que politiques. D’ailleurs, les aîné·e·s votent en plus grand nombre aux différentes élections, dont les municipales. Les études scientifiques cherchent à comprendre le désengagement électoral des jeunes, mais ne s’intéressent pas à savoir pourquoi, à l'inverse, les aîné·e·s votent davantage. Accordent-ils/elles une importance particulière aux élections ? Considèrent-ils/elles pouvoir influencer les choses ? Et si oui, exercent-ils/elles le « pouvoir gris » à l’extérieur des élections pour étendre leur influence ? Dans l’article qui suit, ces questions seront traitées en s’intéressant particulièrement au niveau municipal.

Bien qu'il y ait peu d’information disponible sur le comportement électoral des aîné·e·s à l’échelle municipale, il est démontré qu’au niveau provincial et fédéral, les personnes âgées de 65 ans et plus ont un taux de participation supérieur aux groupes d’âge plus jeunes. De plus, les études portant sur les effets du cycle de vie expliquent que plus une personne prend de l’âge, plus elle sera susceptible de voter et de s’engager dans sa communauté, tant par des activités sociales que politiques (dont l’exercice du droit de vote).[2] Les effets du cycle de vie impliquent que la participation électorale suivrait un cycle tributaire en fonction de l’âge[3]. Des représentants de la Fédération de l’Âge d’Or du Québec (FADOQ) assument que si les aîné·e·s votent en grand nombre, c’est pour obtenir ce qu’ils veulent et faire part de leur réalité[4]. Et les candidat·e·s le savent ! C’est pour cela que les acteurs politiques formulent et conçoivent des offres électorales spécifiquement adressées aux personnes âgées. Il devient donc évident que les aîné.e.s sont ceux et celles qui votent le plus, mais pourquoi ?

Le survol des réponses recueillies lors d’entretiens individuels effectués pour ma thèse de doctorat auprès de personnes âgées entre 65 et 84 ans et vivant dans les villes en périphéries de Montréal[5] fournit quelques réponses sur le comportement électoral et politique des aîné·e·s à l’échelle municipale. Tandis que certaines personnes se sentent investies d'un devoir de citoyen·ne, d'autres se rendent aux urnes pour faire entendre leur voix et espèrent des changements à petite échelle. Mais toutes et tous ne trouvent pas l'intérêt d'exercer leur droit de vote ; l'échelle municipale n’a pas d'intérêt à leurs yeux ou est le reflet de la corruption.

Les motivations des aîné·e·s à voter à l’échelle municipale

L’une des questions abordées avec les participant·e·s des entretiens était la suivante : Qu’est-ce qui vous motive à voter à l’échelle municipale ? Plusieurs des participant·e·s ont mentionné que le vote est à la fois leur devoir de citoyen·ne et un droit, comme le mentionne Florence : « Parce que c'est ton droit. Puis c'est toi qui le mets là, le gars ou la fille, ou qu’est-ce c'est que tu veux que ce soit. Pas tout le temps le bon qui rentre, mais bon ! Ça, regarde, c'est un autre dossier ! Mais c'est important, voter » ou encore Geneviève : « On est des citoyens à part entière, puis faut être capable de choisir en notre âme et conscience qui on pense qui va être bon ou bien compétent ou bien… C’est ça. C’est ça ma motivation. C’est des êtres humains, ils vont faire des erreurs, hein, mais on les a choisis, puis ils font ce qu’ils peuvent, on ferait pas mieux, non. ». D’autres participant·e·s considèrent, comme Caroline, que le vote leur offre une parole : « Ben, c’est un devoir. Puis si tu veux chialer, ben commence par aller voter. Hein. C’est un droit que t’as. Si tu vas pas voter, t’as le droit à quoi ? T’as-tu le droit de répliquer ? De demander ? Commence par voter pour le mieux que tu penses, puis selon tes idées à toi, qui rejoint un des deux. Puis tu vas voter, puis après ça, ben... Tu vis avec ce qui est là. » Dans la même lignée, Samuel explique que le vote lui donne la possibilité de critiquer : « Bah moi j'ai un principe, c'est pas tout le monde qui l’a : quand tu votes pas, tu peux pas critiquer, tu peux pas amener une opinion, dans mon livre à moi. Critiquer n’étant pas nécessairement négatif, c'est apporter, mettons, des idées ou des choses. » Par contre, pour Laurent, l’importance du vote est davantage liée à une motivation d’apporter du changement : « Ben pour faire un changement ! Je voulais, même dans mon secteur, à Notre-Dame-de-Lourdes, je voulais… Bien que je l’aime bien [ma conseillère municipale], mais je déteste sa motivation et je déteste son orientation politique parce que c’est toujours capitaliste… Et y’en avait un autre qui se présentait, qui était beaucoup plus zen, j’avais jasé avec lui, puis "ben non, je vais voter pour toi", puis… J’ai voté pour lui. » Finalement, la proximité entre les citoyen·ne·s et les élu·e·s lors des élections municipales, en comparaison aux autres élections, est également un élément motivant et important pour les participant·e·s, tout comme l’offre de services :

Ben c’était… pour avoir… au niveau des services, de l’ensemble des services de la municipalité. […] Je regarde les individus en place et j’analyse en fonction de ce qu’un individu est prêt, est capable d’apporter. De quelle façon qu’il l’apporte. C’est là qu’après ça ma décision va se faire, pour qui voter. (Pierre-Luc)

C’est très important, c’est même très très important pourquoi, parce que sur la scène municipale, on a un conseiller ou une conseillère qui nous représente. Si la conseillère elle a une vision. Par exemple, le grand débat actuel c’est les espaces verts publics. Puis quelqu’un d’autre c’est le développement. C’est évident que moi, qui a… Qui a adhéré, qui est venu au rural, j’en veux pas de blocs appartements ! Mais je sais qu’on en a de besoin dans la ville. (Laurent)

À chaque élection du conseil municipal, ça m’intéresse parce que c’est sûr que ce sont les plus près de nous. C’est sûr qu’ils sont visibles. C’est sûr qu’on peut les contacter. Alors ça, ça m’intéresse, effectivement. (Alexandre)

Plus les services sont près du citoyen, plus nécessairement on en attend. C'est pour répondre à des besoins beaucoup plus, pour les élu·e·s. J'aimerais qu'il y ait un peu moins de corruption, c'est tout. (Francis)

Alors que le vote de Pierre-Luc sera accordé au/à la candidat·e qui offrira de meilleurs services, pour Francis, il est davantage déterminant d’élire un·e candidat·e qui élaborera des services répondants aux besoins des citoyen·ne·s. Laurent et Alexandre, eux, mentionnent que leur motivation à se rendre aux urnes, lors des élections municipales, est liée aux conseiller·ère·s municipaux/les. Ces dernier·ère·s sont beaucoup plus accessibles que les député·e·s au provincial et au fédéral. Cette proximité accorde aux citoyen·ne·s la possibilité de pouvoir contacter leurs élu·e·s lorsque nécessaires et même de jouer de leur influence, comme il le sera mentionné un peu plus loin dans l’article.

Tous les aîné·e·s ne votent pas !

Comme l’ajoute Francis, depuis les scandales révélés par la Commission Charbonneau, la corruption est un élément qui est pris en compte lors des élections municipales. Alors que Francis exerce tout de même son droit de vote aux élections municipales, certaines personnes comme Lisa considèrent que la corruption et le comportement des élu·e·s est un motif pour ne pas voter : « Ben… Je voyais ça comme… Je sais pas si c’est parce que j’étais à Montréal, là, mais… Je voyais ça comme une gang de personnes… Je les voyais pourries, finalement. Je trouvais que le municipal faisait dur, puis que… Ils étaient pas très… Je sais pas… Ils étaient pas… francs avec la population. »

Pour d’autre, comme Julie, la raison qui les porte à ne pas voter à l’échelle municipale serait liée au fait que les municipalités mettraient principalement en place des services liés à la propriété comme la collecte des ordures et le déneigement. Dans la littérature scientifique, il est d’ailleurs indiqué que la démocratie municipale est une « démocratie de propriétaires »[6].

Tsé, je veux dire, j'avais mon travail, j'avais d'autres activités. Je veux dire, m'intéresser à la petite politique de St-Jean, c'était le dernier de mes soucis. Ben l'échelle municipale, c'est vrai que c'est près, c'est plus près là. Moi je ne suis pas propriétaire, facke bon. Quelle importance? Ouais c'est bien, si tu as l'intention tsé de, de t'impliquer. (Julie)

Aussi, les propos de Julie et de Lisa reflètent les réflexions des personnes âgées qui ont commencé à voter tardivement ou qui ne votent tout simplement pas. Julie n’a jamais voté à l’échelle municipale et ne le fera pas. Pour elle, il y a « d’autres choses à faire là, plus agréables! » Par contre, Lisa atteste, en un sens, les études portant sur l’effet du cycle de vie, qui expriment que plus un individu vieillit, plus il aura tendance à voter[7].

Le vote est-il plus important avec le temps ?

De ce fait, puisque les personnes âgées ont l’expérience d’une vie, leur vote, à l’échelle municipale, s’exerce peut-être d’une manière différente aujourd’hui que lorsqu’elles étaient plus jeunes. Lisa explique que c’est lors d’une discussion de porte-à-porte que son intérêt pour les élections municipales s’est manifesté :

J’ai voté pour la première à l’échelle municipale à Saint-Eustache voilà deux-trois ans, aux dernières élections. Pourquoi ? Parce que j’ai rencontré un conseiller qui est venu dans le porte-à-porte, puis qui m’a parlé de ce que faisait la ville. Mais avant ça, j’avais jamais voté au municipal. Ça m’intéressait pas, le municipal. Fait que… Mais là, j’ai dit "ouais, au prix que ça me coûte de taxes (rires), j’vais y penser (rires) !". Non, c’est ça… Ça s’est développé grâce à cette personne-là qui était venue à ma porte, mais qui m’avait parlé, puis qui m’avait montré un dépliant, puis qu’est-ce qu’ils faisaient, et tout… Là ça m’avait comme "ouais, bon, peut-être que je devrais voter". Je suis allée.

Tous les autres participant·e·s ont dit avoir toujours voté, mais leur motivation à aller voter à l’échelle municipale est bien différente.

Oui c’est la même, oui, oh oui, oh oui. Faut voter. Faut voter, puis faut s’impliquer. Ça, je pense que c’est comme ça qu’il faut être. On est des citoyens, alors ça commence par le municipal. (Geneviève)

Ça a toujours été important pour moi, autant hier qu’aujourd’hui. (Claudia)

Ben je dirais que oui, je pense que… c’est pas l’âge qui fait la manière de penser. (Audrey)

Ben, elle est plus forte que jamais ! À mon avis. Mais j’y crois encore plus, dans le sens, plus je vieillis, bah plus je vieillis, plus… Comment je dirais ça donc… Pfff… Plus je connais, pas que je connais le système, mais… Plus que j’ai… J’ai éprouvé le système. Ouais, bah je pense que la maturité politique, c’est à ça que je voulais faire allusion, ça existe, effectivement. Puis ici c’est un peu ça, la maturité politique, c’est un peu comme une maturité intellectuelle, culturelle, je sais pas, là. Je pense que ça s’acquière, ça se développe en vieillissant. (Patrick)

Ben peut-être qu’on est plus proche de nos petits intérêts personnels. Quand je t’ai parlé du pont, c'est sûr c'est un intérêt personnel, mais qui est aussi un intérêt collectif, tsé. C'est… Un pont, ça sert pas juste à ceux qui restent là, ça sert aussi à ceux qui vont venir puis qui vont l’utiliser pour ça. On est plus près de là, on est plus près du personnel, je trouve, des fois, le municipal… Même si j’accorde beaucoup de valeur au bien commun, je suis vraiment là-dedans. (Samuel)

Pour certain·e·s participant·e·s la motivation à voter est inchangée et reste toujours importante, peu importe l’âge (Claudia et Audrey), alors que pour d’autres la motivation est plus forte avec l’avancée en âge. Effectivement, ces personnes considèrent qu’elles ont acquis de l’expérience leur permettant de faire un choix plus réfléchi qu’auparavant. Toutefois, des personnes âgées deviennent blasées par les élections municipales. Caroline explique :

Non, j’ai moins de motivation… Ouin… Ça revient à ce que je te disais, que je trouve les personnes paresseuses un peu, point de vue politique. Parce que plus t’es vieux, plus tu penses juste à toi. T’as pensé aux autres tout le temps, là, puis là tu t’en fous quasiment. Tu deviens là "boaaaarf, ils vont rentrer pareil". Y’a une mentalité, je sais pas si c’est moi qui est croche, mais je trouve qu’on est paresseux quand on est vieux (rires). D'un point de vue politique, surement.

Cette participante évoque plutôt qu’avec le vieillissement, il n’y a pas de nouveauté et qu’au final un·e candidat·e sera élu·e à un poste de représentant·e. Le jeu des élections n’est plus aussi attrayant qu’avant.

Exercer son pouvoir gris

Depuis une trentaine d’années, plusieurs chercheur·e·s parlent du concept du pouvoir gris. Ce concept énonce que les personnes âgées prennent conscience de leur poids démographique important et font valoir leurs intérêts en exerçant massivement leur droit de vote. Certain·e·s considèrent que le pouvoir gris est plus qu’une revendication de nature politique, mais une nouvelle perception de la vieillesse[8]. En fait, les personnes âgées auraient la capacité de s’organiser et de se mobiliser, par elles-mêmes, pour défendre leurs droits et leurs intérêts. De ce fait, en plus d’avoir effectué des entretiens individuels, des groupes de discussion ont été menés pour ma thèse, afin de comprendre si les aîné·e·s considèrent que leur vote leur apporte un certain pouvoir, en tant que personne âgée. Dans trois des quatre groupes de discussion effectués, des participant·e·s ont mentionné être en mesure d’exercer un rôle d’influence sur les gens qui les entourent ; qu’il s’agisse d’ami·e·s, de parenté ou encore de candidat·e·s municipaux :

Je pense que l'influence que je peux avoir autour de moi, je dois l'exercer, pis je pense que tout le monde, pis Pop le disait tantôt, on devrait tout exercer ce pouvoir-là de, d'encourager les gens qui nous entourent, d'aller dans la direction qu'on veut bien aller. (L’Acadie)

On est des influenceurs, peu importe l'âge, là. Mais peut-être les personnes âgées, elles sont plus influenceurs parce qu'elles ont plus de temps pour être à l'écoute, pour écouter le monde, puis d'être capable de dire au conseiller ou à la conseillère ou au maire (rires) « t'es pas dans... t'es dans le champ, là, actuellement, là, t'es mieux de tourner à gauche si tu veux pas perdre dans deux ans ma voix ». Il y a des messages... (Julien)

Moi, c'est parce que j'ai encore l'illusion qu'on peut essayer d'améliorer la qualité de vie du monde. J'ai bien dit « l'illusion », parce que c'est de plus en plus difficile. La capacité d'influence démocratique c'est rendu à peu près, j'ose pas le qualifier, là, mais c'est un souhait plus que... un vœu plus que... qu'une réalité. Mais... puis... puis en même temps, on fait du bénévolat. Faire du bénévolat, c'est une sorte de... de façon d'atteindre une certaine... pas transhumance, tran... transcendantalisme. C'est une façon un peu transcendantale d'être un humain. C'est-tu assez flyé comme expression, hein ? Bon. (Guy)

Comme le rappelle Guy, le bénévolat est une autre manière, pour les aîné·e·s, d’exercer un changement dans leur société. Il ne faut pas oublier que les élections municipales n’ont lieu qu’une fois aux quatre ans.

Les aîné·e·s, des super-citoyen·ne·s ?

D’ailleurs, depuis les dernières décennies, la Grande-Bretagne, les États-Unis et le Canada connaissent un accroissement de groupes de pression organisés par des citoyen·ne·s aîné·e·s et dont le but consiste spécialement à défendre leurs droits et intérêts. Soulignons qu’un peu partout au Canada, des femmes âgées militent au sein de divers groupes, tels que les Raging Grannies ou les Mémés déchaînées ici au Québec. Ce groupe vise à défendre certaines grandes causes sociales, comme l’environnement, la paix ou encore la lutte contre la pauvreté. Le mouvement des Mémés déchaînées encourage ainsi les femmes âgées à participer à toutes les manifestations liées à la justice sociale et étendre leur pouvoir d’influence sur toute la société[9].

Bien qu’aucune des participantes des entretiens ne fasse partie de ce mouvement, plusieurs d’entre elles, ainsi que les participants masculins, ont répondu s’être impliqué·e·s dans des activités politiques de type manifestations, mobilisations, pétitions et autres. Quelques-un·e·s disent avoir participé à la marche pour le climat du 27 septembre 2019 et signé des pétitions. De plus, puisque le recrutement des participant·e·s s’est fait grâce à des organismes communautaires de leur municipalité, les participant·e·s sont tous et toutes des bénévoles. En moyenne, les participant·e·s offraient, avant le confinement de mars 2020, entre 5 et 15 heures par semaine à des organismes de leur municipalité. Ces données sont d’ailleurs supérieures à celles de l’Enquête sur le bénévolat et les dons de bienfaisance au Canada[10]. Bien que les données concernent l’année 2013, elles renseignent sur le fait que les aîné·e·s offrent plus d’heures de bénévolat que toutes autres catégories d’âge. Les personnes âgées entre 65 ans et 74 ans ont offert 231 heures de bénévolat annuellement, alors que les 15 à 19 ans ont offert 110 heures. La principale raison énoncée par les participant·e·s est le fait qu’ils et elles aient plus de temps que les plus jeunes. La retraite leur a donné le temps de pouvoir s’impliquer un peu plus qu’ils et elles ne le faisaient auparavant, alors qu’ils et elles avaient un emploi à temps plein ou qu’ils et elles devaient s’occuper de leurs enfants. Également, les participant·e·s expliquent que cette implication bénévole leur permet de jouer un rôle dans leur société. Un rôle qui se traduit par un partage, une valorisation et une redistribution à la société :

C’est exactement, lorsque j’ai pris ma retraite il y a neuf ans, je me suis dit « bon, j’ai reçu beaucoup beaucoup beaucoup beaucoup de la vie, de ma famille, de… de la société, et donc c’est pas vrai que je vais m’en aller même si j’avais les moyens et que j’y avais pensé, de m’en aller passer l’hiver en Floride ou ailleurs ». Donc moi, je veux redonner à la société une partie à ma façon, selon mes capacités, selon mes goûts, selon… je veux redonner à la société une partie de ce que j’ai reçu. Et je me suis dit « où je pourrais bien m’impliquer ? Dans quoi je pourrais être utile ? », et que bénévolement. On m’offrirait quelque chose, je dirais non. Je veux redonner. Et c’est tellement gratifiant, je veux dire, redonner c’est une… fait que oui, mais on reçoit autant, là, sinon plus. (Claudia)

J’espère, j’espère que j’apporte… Du moins je l’espère, oui, que j’apporte ma petite contribution à faire avancer la société, à faire avancer la communauté, du moins c’est ce que j’essaie de faire dans toutes mes activités. (Alexandre)

Je trouve que je suis utile ! Je suis utile, puis ils en ont de bénévoles, les gens. Ils en ont besoin, alors oui. C’est un besoin puis je suis capable de le combler encore, ce besoin-là. C’est valorisant, comme je te dis, oui. (Geneviève)

Ben moi ça me donne quelque chose. Si ça me donnait pas… Tu donnes, mais y’a des moments aussi où tu reçois, dans tout ça. […] Moi j’va me chercher du bien ! Ça me fait du bien. Ça me fait du bien. Si je donne quelque chose, ben tant mieux ! Mais moi ça me fait du bien à moi. C’est peut-être égoïste, mais c’est ça. Puis ça les aide, ben tant mieux ! Puis ça les aide pas, ben… Moi ça me fait du bien, fait que… (rires). (Caroline)

Comme l’expriment les propos précédents, ces activités bénévoles permettent, en un sens, aux aîné·e·s d’affirmer leur autonomie dans leur société et de transmettre leur expérience. Par contre, même si cela semble tout à fait positif pour les aîné·e·s et bénéfique pour la société, la gérontologie critique apporte une perspective bien différente de la situation. Plusieurs recherches expriment que les représentations de la société sur le vieillissement sont discriminatoires et créent le stéréotype d’un « super-citoyen aîné »[11]. D’après les chercheur·e·s de la gérontologie critique, les études accordent trop d’importance aux sens et aux buts que peut induire le bénévolat dans la vie des aînée·s. Par cette vision du bénévolat, les personnes âgées sont principalement définies par ce qu'elles font, plutôt que par ce qu'elles sont en tant que personnes à part entière. Cela ne veut pas dire que les activités bénévoles ne font pas partie de la vie de nombreuses personnes âgées, mais elles ne sont pas nécessairement le point d'ancrage de leur identité.

Conclusion

Pour les participant·e·s, les activités bénévoles ne sont pas effectuées dans le but d’asseoir leur influence dans la société, mais sont plutôt une manière de redonner à la société ce qu'ils et elles ont reçu tout au long de leur vie. Plusieurs des participant·e·s se sont impliqué·e·s presque toute leur vie, mais tiennent à partager que ce ne sont pas leurs activités qui les définissent. Ils et elles sont d’abord et avant tout des personnes âgées qui souhaitent simplement contribuer au bien-être de leur communauté. Comme quelques-un·e·s l’ont exprimé, c’est principalement pendant les campagnes électorales qu’ils et elles cherchent à exercer une influence. Par contre, ce n’est pas le cas pour toutes les personnes âgées. Ceux et celles interrogé·e·s pour ma recherche doctorale ont mentionné que leur participation aux élections municipales est principalement liée à un devoir de citoyen·ne. Plus important encore, même si l’âge apporte de l’expérience sur le jeu politique des élections, il n’y a pas d’âge pour exercer son droit de vote et son implication dans sa communauté !

Crédit photo : Mohamed Hassan, Pixabay, https://pixabay.com/fr/illustrations/vote-droit-de-vote-bulletin-de-vote...

[1] Julie Castonguay, Julie Fortier, Andrée Sévigny, Hélène Carbonneau et Marie Beaulieu, « À la retraite,

hors du bénévolat point de salut! », Les vieillissements sous la loupe: Entre mythes et réalités, sous la dir.

de Véronique Billette, Patrik Marier et Anne-Marie Séguin, Québec: Presses de l'Université Laval, 2018,

195-202.

[2] Kent M. Jennings, « Another Look at the Life Cycle and Political Participation », American

Journal of Political Science 23 (4): 1979, 755-771. doi: 10.2307/2110805. ; Glen H Elder,« The

life course and human development », Handbook of child psychology, sous la dir. de Richard M. Lerner,

New York : Wiley and Sons, 1998.  ; Ana Gherghel et Marie-Christine Saint-Jacques, La théorie du

parcours de vie (life course) : une approche interdisciplinaire dans l'étude des familles, Québec : Presses

de l'Université Laval, 2013.

http://ezproxy.usherbrooke.ca/login?url=https://search.ebscohost.com/log...

83a&AN=sher.i9782763718392&lang=fr&site=eds-live.

[3] Bibliothèque du parlement, La participation électorale des jeunes au Canada. 2016.

https://lop.parl.ca/Content/LOP/ResearchPublications/2016-104-f.pdf

[4] « Les aînés veulent se faire entendre auprès des candidats », Québec Hebdo, 2017.

https://www.quebechebdo.com/actualites/Elections-municipales-2017/2017/1...

e-entendre-aupres-des-candidats.html

[5] Les prénoms indiqués sont fictifs afin de préserver l’anonymat de nos participant­.e.s.

[6] Jérôme Couture, Sandra Breux et Laurence Bherer, « Analyse écologique des déterminants de la

participation électorale municipale au Québec », Canadian Journal of Political Science 47 : 2014, 808.

[7] Kent M. Jennings, op.cit.

[8] Pierre-Joseph Ulysse et Frédéric Lesemann. « On ne vieillit plus aujourd’hui de la même façon. »

Lien social et Politiques 38 : 1997, 31-49.

[9] Julien Simard et Ignace Olazabal, « Les personnes âgées, allergiques au changement social? », Les

vieillissements sous la loupe: Entre mythes et réalités, sous la dir. de Véronique Billette, Patrik Marier et

Anne-Marie Séguin, Québec: Presses de l'Université Laval, 2018, 35-42.

[10] Statistique Canada. Le bénévolat et les dons de bienfaisance au Canada. Ottawa: Statistique

Canada, 2015. https://www150.statcan.gc.ca/n1/fr/pub/89-652-x/89-652-x2015001-fra.pdf?st=latu7zxn.

[11] Martinson, Marty et Jodi Halpern, « Ethical implications of the promotion of elder volunteerism: A

critical perspective », Journal of Aging Studies 25 : 2011, 427-435.

https://doi.org/10.1016/j.jaging.2011.04.003.

Ajouter un commentaire

Image CAPTCHA
Sans espaces.