Le niveau d'eau alarmant de la rivière aux brochets témoigne d'un enjeu encore plus important

crédit photo : Félix Beauchemin
Environnement
Québec
Le niveau d'eau alarmant de la rivière aux brochets témoigne d'un enjeu encore plus important
Enquêtes
| par Félix Beauchemin |

La rivière aux Brochets, qui s’écoule à travers l’Estrie jusque dans la baie Missisquoi, a atteint un niveau d’eau historiquement bas cet été. Signe de l’accélération des changements climatiques, cette tendance s’observe toutefois sur une échelle bien plus grande au Québec. Cette ressource naturelle tenue pour acquise deviendra-t-elle une ressource rare dans les prochaines années? Enquête sur l’état des étiages au Québec. 

Source: OBVBM

En temps normal, en regardant à travers la fenêtre des bureaux de l’Organisme de bassin versant de la baie Missisquoi (OBVBM), dans la petite ville de Bedford, il est possible de voir la rivière aux Brochets suivre son cours vers la baie Missisquoi pour se déverser dans le lac Champlain. Or, lors de ma visite à la fin du mois d’août 2021, la rivière témoignait plutôt d’un débit presque inexistant. Selon les renseignements fournis par l’OBVBM, le débit de la rivière en date du 17 août a atteint le niveau le plus bas depuis vingt ans, soit 0,037 m3/seconde. Ce niveau a d’ailleurs battu le record de bas débit observé l’année précédente, d’environ 0,180 m3/seconde. 

Toutefois, la situation de la rivière aux Brochets est le résultat de sècheresses de plus en plus fréquentes au Québec. Notre rapport à la consommation d’eau, tenu pour acquis par certains, devra être en mesure de changer. Un manque d’eau est inévitable et il faut s’y préparer. 

Le cas de la rivière aux Brochets

« À l’embouchure de la rivière aux Brochets, à la jonction avec le lac Champlain, il y a une réserve de biodiversité, la réserve de la rivière aux Brochets, qui est magnifique […] le dernier endroit au Québec où il y a des tortues molles à épine », explique Anthoni Barbe, chargé de communications et chargé de projets à l’OBVBM. Toutefois, la faible quantité d’eau de la rivière menace la survie de cette espèce aquatique – en plus de certaines autres, comme la torture des bois, la tortue géographique ou la tortue peintre – entre autres par l’apparition des cyanobactéries, plus communément connues sous le nom d’algues bleu-vert. « Quand tu as des cyanobactéries comme ça, c’est l’oxygène dans l’eau qui est rendu plus [faible], alors presque toutes les espèces sont susceptibles d’être vraiment affectées par ça, si les cyanobactéries prennent beaucoup de place », déclare Anthoni Barbe. 

Source : OBVBM

L’étiage, soit « le nom donné à la période où le niveau d’eau d’un lac ou d’une rivière est à son plus bas », tel que l’explique l’OBVBM, s’observe de plus en plus tôt dans le sud du Québec. « On [y] connait des étiages très forts, et de plus en plus forts », mentionne M. Barbe, « la rivière Saint-François est basse, la rivière Yamaska est très basse, donc c’est […] un phénomène qui touche vraiment plus le sud du Québec ». En effet, la rivière Yamaska et son barrage Choinière ont atteint leur plus bas niveau en plus de quatre ans[i]. Quant à elle, la rivière Saint-François a atteint un niveau d’étiage plus important, alors que certaines prévisions hydroclimatiques prévoient une diminution de près de 20 % de son niveau d’eau d’ici 30 ans[ii]

À la rivière aux Brochets comme ailleurs, des étiages importants consécutifs agissent comme un cercle vicieux : 

« Tout est une question de recharge. Pour recharger un environnement qui est en gros manque d’eau, il faudrait le "booster" plus, mais là si on a encore une année qui a un petit peu moins d’eau que la moyenne, on observe une tendance lourde où la rivière va avoir un débit moyen qui va être appelé à diminuer avec le temps », affirme le chargé de projets à l’OBVBM. 

Bien que la rivière aux Brochets ne soit pas cartographiée dans l’atlas hydroclimatique du Québec, programme qui cartographie les régimes hydriques des cours d’eau du Québec, l’OBVBM calcule des prévisions générales, et s’attend donc à ce que « ça doive aller […] en diminuant, moins d’eau, plus de pression, et des étiages plus forts ». Cette pression provient entre autres des intrants agricoles nocifs pour les cours d’eau, des milieux urbains près des rivières, comme Bedford, et des routes pavées. Ainsi, « moins on a d’eau, plus on a de pollution concentrée dans l’eau ». À long terme, cette accumulation de polluants peut d’ailleurs provoquer un enjeu d’accès à l’eau potable, puisque les habitant‧e‧s de Bedford et de villes avoisinantes puisent leur eau à partir de cette rivière.

L’eau potable tenue pour acquise? 

« Cette année, il y a des secteurs de la Montérégie où il y a eu des livraisons d’eau pour des villages, pas juste pour une personne ici et là, mais vraiment pour des communautés », mentionne Kim Marineau, biologiste et présidente de l’entreprise Biodiversité conseil. Entre autres, la municipalité de Saint-Rémi a dû se faire livrer 1140 m3 d’eau par camion-citerne le 13 juin dernier[iii], une situation qui pourrait sembler impossible dans une province qui contient près de 3 % des réserves mondiales d’eau douce[iv]. « Nous, on est dans le pays du monde où il y a le plus d’eau potable, d’eau de surface, donc on n’a jamais réfléchi à la possibilité de manquer d’eau comme en Californie », illustre Kim Marineau.

L’accès à l’eau potable est-elle tenue pour acquise par les Québécois·e·s? Bien que la situation semble changer – la consommation quotidienne d’un·e Québécois·e ayant passé de 777 litres en 2001 à 536 litres en 2018[v] – le Québec se situe toujours bien au-delà de la moyenne canadienne qui, elle, se place au deuxième rang de consommation d’eau parmi les pays de l’OCDE[vi]. Cela étant dit, de plus en plus de situations témoignent d’enjeux d’approvisionnement en eau potable comme des avertissements de contrôle de l’eau potable émis par la Ville de Québec le 24 août dernier ou encore des approvisionnements en eau à même des camions-citernes. Bien que ces situations soient encore plutôt rares, Kim Marineau voit celles-ci s’empirer au courant des prochaines années. « On ne prend pas des mesures pour prévenir les manques d’eau et on remet ça à plus tard, et à un moment donné on va avoir des manques d’eau dans certaines municipalités », explique-t-elle. 

« On a de la difficulté à faire des démarches pour faire des aménagements ou mieux gérer le territoire en prévention, et ça c’est humain : dans l’histoire de l’humanité, on s’est arrangé pour manger aujourd’hui, pas dans 20 ans. »

En plus de la consommation d’eau à domicile, le manque d’eau potable touchera également les agriculteur‧trice‧s puisque selon des estimations de la Banque Mondiale, près de 70 % de l’eau douce serait destiné à des activités agricoles[vii]. Pourtant, comme l’explique Mme Marineau, malgré des cris du cœur de l’industrie agricole[viii], « c’est […] eux qui ont [largement] contribué à abaisser les nappes phréatiques ». Ces nappes, qui constituent des réseaux d’eau potable souterrains, où l’eau circule entre « les interstices constitués par les pores et les fractures [du sol], comme dans une éponge imbibée d’eau[ix] », sont une source méconnue d’approvisionnement en eau pour certaines municipalités. Cela étant dit, le drainage agricole et urbain a historiquement provoqué l’abaissement et la réduction de ces nappes phréatiques, rendant les cours d’eau de plus en plus « linéaires », comme l’explique Kim Marineau, et donc moins diffus au travers des sols. 

Un signe de l’accroissement du réchauffement climatique

Les images des inondations monstres à Sainte-Marthe-sur-le-Lac en 2019 ont fait les manchettes pour leur bilan matériel et psychologique effroyable. Selon des prévisions de l’organisme Ouranos, ce type de désastre naturel arrivera pourtant à un rythme de plus en plus fréquent au Québec, celui-ci étant globalement associé à un accroissement des températures globales[x]. Or, les changements climatiques semblent également influencer l’autre extrême de ses évènements, soit les sècheresses extrêmes des cours d’eau. « Une des choses que les changements climatiques nous disent, c’est que très vraisemblablement, les pluies extrêmes [et] les grosses pluies [estivales] terribles […] vont être plus intenses dans le futur », explique Alain Mailhot, professeur et chercheur au Centre Eau Terre Environnement de l’INRS, « vous imaginez une pluie très intense qui tombe sur des sols un peu à sec, ça favorise un ruissèlement. Ça peut créer des situations de ce qu’on appelle les flash floods, ou les crues éclair, qui peuvent entrainer des phénomènes d’érosion très importants ». 

Pour Mailhot, les liens entre étiages sévères et réchauffement climatique sont associés au phénomène d’évapotranspiration : une grande période de sècheresse et une évaporation constante des cours d’eau font baisser le niveau des eaux. Ainsi, plus les périodes chaudes sont longues, plus les cours d’eau s’assèchent. 

À cela vient s’ajouter l’enjeu de la qualité de l’eau. « Si les températures réchauffent, si les étiages sont plus sévères, il y a toute une problématique de la qualité de l’eau. Une eau plus chaude, et une eau moins abondante, dilue moins et favorise le développement d’algues bleues », indique Alain Mailhot, un phénomène de plus en plus visible dans divers cours d’eau au Québec, notamment la rivière aux Brochets. 

Une opportunité pour travailler avec la communauté

L’organisme G3E, ou Groupe d’éducation et d’écosurveillance de l’eau, tente de changer la façon d’approcher la préservation de l’eau. « Le programme le plus connu c’est "J’adopte un cours d’eau". On amène les jeunes, les deux pieds dans l’eau, récolter des échantillons de leur rivière, ils retournent en labo et regardent ça. Ça leur donne une idée de l’état de santé de leur cours d’eau », illustre Mathilde Crépin, coordonnatrice aux communications au G3E. Par la pratique, l’observation et la science, le G3E croient que la conscientisation à la santé des cours d’eau sera bien plus grande. 

« On amène les gens sur le bord des cours d’eau, les pieds dans l’eau, parce qu’il faut qu’ils voient de quoi ça a l’air, il faut qu’ils trouvent ça wow, pour avoir envie de protéger ces endroits-là. […] Il va toujours manquer un peu de proximité quant à ces enjeux-là », développe Mathilde Crépin. 

Parmi les autres projets de l’organisme, il y a le « SurVol Benthos », chapeauté par Alexandra Gélinas, qui consiste à faire « le suivi des cours d’eau en allant ramasser des petites bibittes au fond des cours d’eau qui s’appellent des macroinvertébrés benthiques ». La principale intéressée de ce projet explique ce que sont des petits organismes : « Macro, visible à l’œil nu, invertébré [c’est-à-dire] sans colonne vertébrale [et] benthique, qui vit au fond des cours d’eau. » Ainsi, comme ces bestioles sont à la base de la chaine alimentaire aquatique, une analyse laboratoire de la santé de celles-ci permet de comprendre la santé des cours d’eau dans lequel elles vivent. 

Le rôle des municipalités dans cette gestion

Les municipalités ont un bilan mitigé. D’un côté, de multiples municipalités ont des systèmes d’aqueduc désuets et doivent donc inévitablement déverser leurs eaux usées excédentaires dans les cours d’eau. La ville de Bedford en est un exemple, là où, comme l’explique Anthoni Barbe, « le réseau est vite saturé » et doit donc se servir de la rivière aux Brochets comme source de déversement. Avec des étiages de plus en plus sévères, les polluants deviennent davantage concentrés, et mènent inévitablement vers l’apparition de certaines cyanobactéries nocives pour la consommation. 

De l’autre côté, les municipalités travaillent de plus en plus à la sensibilisation de la population à l’utilisation abusive d’eau potable, mais également à la gestion des eaux pluviales. La ville de Bedford, au cœur du problème de l’assèchement de la rivière aux Brochets, a récemment mis sur pied un jardin de pluie dans son centre-ville, initiative servant à diriger l’eau pluviale directement des gouttières vers une platebande[xi]. Ce type d’aménagement évite que les eaux de pluie s’accumulent inutilement dans les réseaux d’égouts, ceux-ci étant facilement saturables et se déversant directement dans la rivière aux Brochets. Il s’agit d’une initiative « démonstrative », que l’OBVBM espère incitera les citoyen‧ne‧s à reproduire.

Les aménagements de ce genre, s’ils ne sont pas développés adéquatement, sont en partie responsables des problèmes d’étiage, explique Alain Mailhot de l’INRS : 

« L’occupation du territoire a aussi un impact majeur sur les débits en rivière […] vous pourriez très bien avoir une augmentation de la sévérité des étiages, mais qui n’a strictement rien à voir avec le régime pluviométrique. »

Parmi d’autres types d’aménagements, M. Mailhot se permet de réitérer l’importance de la conservation de milieux humides, qui agissent comme une « zone tampon qui stocke l’eau ». En asséchant les milieux humides, un peu comme le font certains drainages agricoles et urbains, la probabilité de voir apparaitre des étiages sévères devient de plus en plus probable. 

Des solutions à tout ça? 

Dans ce cas, est-ce que le Québec est voué à la perte graduelle de son eau potable? Selon Jacob Stolle, professeur associé à l’INRS, il existe quelques solutions. « Il faut avoir plus d’espaces verts, il faut créer des systèmes de transport de l’eau entre les régions, créer des systèmes naturels pour amener l’eau vers les rivières », explique-t-il. Concrètement, la solution miracle réside dans la conservation, par les villes et riverains, des milieux naturels près des rivières. 

« Plusieurs fois, le plus grand problème avec l’effet anthropique [donc qui est dû à l’activité humaine] est quand on change le système naturel. On doit donc considérer tous les systèmes naturels quand on crée les systèmes [humains] », ajoute Jacob Stolle. 

Mais, il faut également savoir se préparer au pire. Au Québec, c’est actuellement le sud qui est touché par les problèmes de sècheresses et d’étiages sévères. Anthoni Barbe incite alors les municipalités au nord du Québec à se préparer: « On sait qu’avec le changement climatique, le climat va bouger vers le nord. Le climat qu’on avait avant au Vermont, il est rendu ici. Le climat bouge environ 70 kilomètres au nord à chaque 10 ans. »

***

Juillet 2021 a été le mois le plus chaud de l’histoire, une tendance qui ne semble pas vouloir s’estomper[xii]. Des périodes de sècheresse et de canicules seront donc plus fréquentes au Québec, ce qui influera conséquemment sur la quantité d’étiages dans nos cours d’eau. Pour éviter les manques d’eau potable, il faut donc nécessairement une prise de conscience d’une plus grande quantité d’acteur‧trice‧s : les agriculteur‧trice‧s, et leur contrôle des extrants agricoles dans l’eau; les citoyen‧ne‧s et leur consommation d’eau; et les municipalités et leur contrôle des infrastructures urbaines permettant de mieux gérer les pluies et les eaux souterraines. 

Ultimement, les changements s’opèrent également dans une prise de conscience populaire des services que nous rend la nature, un peu comme tente de le faire l’organisme G3E avec ses programmes éducatifs sur le terrain. « Les gens ne croient pas que c’est important que toutes nos espèces restent présentes dans nos territoires. On ne voit pas ce qu’est le lien entre un canard ou une grenouille qui disparait, mais chaque espèce a son rôle à jouer dans l’équilibre entre les espèces », détaille Kim Marineau. 

[i] Nicolas Bourcier, « Prévoir les épisodes de rareté de l’eau », La Voix de l’Est, 13 février 2021. https://www.lavoixdelest.ca/actualites/prevoir-les-episodes-de-rarete-de-leau-d006c7aaf81c8ce9c3859ed570853523.  

[ii] Ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques du Québec, « Atlas hydroclimatique du Québec méridional », 2021, https://www.cehq.gouv.qc.ca/atlas-hydroclimatique/Hydraulicite/Qmoy.htm.  

[iii] Marc-André Couillard, « Le niveau de restriction le plus strict est toujours en vigueur », Coup d’œil, 16 juillet 2021,https://www.coupdoeil.info/2021/07/16/le-niveau-de-restriction-le-plus-strict-est-toujours-en-vigueur/.  

[iv] Ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques du Québec, « L’eau au Québec : une ressource à protéger », 2021, https://www.environnement.gouv.qc.ca/eau/inter.htm#:~:text=Avec%20ses%20dizaines%20de%20milliers,bassin%20hydrographique%20du%20Saint%2DLaurent

[v] Gouvernement du Québec, Stratégie québécoise d’économie d’eau potable, Horizon 2019-2025, Rapport annuel de l’usage de l’eau potable 2018, octobre 2020.https://www.mamh.gouv.qc.ca/fileadmin/publications/infrastructures/strategie_quebecoise_eau_potable/rapport_usage_eau_potable_2018.pdf

[vi] Gouvernement du Canada, « Utilisation de l’eau au Canada dans un contexte mondial », 2016, https://www.canada.ca/fr/environnement-changement-climatique/services/indicateurs-environnementaux/utilisation-eau-contexte-mondial.html.

[vii] World Bank, « Water in Agriculture », 2021, https://www.worldbank.org/en/topic/water-in-agriculture.  

[viii] Laurie Trudel, « Les agriculteurs de la région sentent encore la sécheresse du début de l’été », Radio-Canada.ca, 27 juillet 2021.https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1812322/production-agricole-temps-sec-retards-recoltes-bilan-mi-saison-outaouais-est-ontarien.  

[ix] Réseau québécois sur les eaux souterraines, « Les eaux souterraines », 2021, https://rqes.ca/les-eaux-souterraines/.  

[x] Isabelle Mayer-Jouanjean et Nathalie Bleau, Historique des sinistres d’inondations et d’étiages et des conditions météorologiques associées, Projet 551013 Ouranos, mars 2018. https://www.ouranos.ca/wp-content/uploads/RapportMayerJouanjean2018.pdf.

[xi] Organisme de Bassin Versant de la Baie Missisquoi, « Un jardin de pluie de démonstration aménagé au centre communautaire de Bedford », Communiqué, 12 juillet 2021. https://admin.robvq.qc.ca/uploads/215f27bb1bd12a3164e4d10f318f91e6.pdf

[xii] Seth Borenstein et Associated Press, « Juillet 2021, le mois le plus chaud jamais enregistré », Le Devoir, 14 août 2021.https://www.ledevoir.com/societe/environnement/624774/le-mois-de-juillet-2021-a-ete-le-plus-chaud-jamais-enregistre-sur-terre.  

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