Le genre et la sexualité décortiqués en Afrique centrale

International
Le genre et la sexualité décortiqués en Afrique centrale
Analyses
| par Alexandre Dubé-Belzile |

Compte rendu de la conférence Genre et sexualité organisée par l’Université Franco-Gabonaise Saint-Exupéry, à Libreville, au Gabon, couvert en Amérique du Nord exclusivement par L’Esprit Libre.

La participation à cette conférence et la rédaction de cet article ont été rendues possibles grâce au financement octroyé par Les Offices jeunesse internationaux du Québec (LOJIQ)

Les 17 et 18 juillet 2019, nous avons participé au colloque Genre et sexualité, organisé par l’Université Franco-Gabonaise Saint-Exupéry à Libreville, au Gabon, un événement sans pareil. En effet, la diversité de genre n’est généralement pas reconnue dans la plus grande partie des pays d’Afrique, voire punie par la peine de mort dans des pays comme le Soudan, la Somalie, la Mauritanie ou le Nigéria. Deux États sont toutefois reconnus comme étant plutôt réceptifs aux enjeux LGBT, le Cap-Vert et l’Afrique du Sud. Au Gabon, ces enjeux peuvent être abordés en relative liberté en raison d’une zone grise, la diversité de genre n’y étant ni reconnue ni interdite1. Le colloque auquel nous avons participé, organisé par l’Observatoire International du Couple, de la Conjugalité et de l’Extraconjugalité (OICCE) de l’Université Franco-Gabonaise Saint-Exupéry (Gabon), le Centre de recherches sciences sociales sports et corps (CRESCO) de l’Université Paul Sabatier-Toulouse 3 (France) et l’Association Gabonaise de Statistique (AGS), est réputé être le premier en Afrique centrale et probablement l’un des rares colloques sur le genre en Afrique.

Les médias locaux ont afflué lors de l’événement, journaux et télévision. Cela dit, à notre connaissance, nous sommes le seul média nord-américain à avoir couvert l’événement. Dans la salle de conférence du petit hôtel de Libreville s’étaient entassés les photographes et les caméramans de télévision. Le rendez-vous des chercheurs du continent et de l’étranger avait été commandité au plus haut niveau, avec une visite guidée de la Cour constitutionnelle pour les congressistes, elle aussi couverte par les médias gabonais. Tout récemment, la revue L’Esprit libre a lancé un recueil intitulé diversalité, qui s’intéresse à la diversité sous tous les angles, notamment celui du genre, et divers horizons de mobilisation du concept, que ce soit pour la sécrétion et l’injection d’une forme de libération ou simplement un moyen, pour une organisation hégémonique ou une autre, d’accumuler du capital politique. Un compte rendu de l’événement pour la revue semblait tout indiqué.

C’est un secret de polichinelle : le Gabon est un État très proche de la France. Depuis son indépendance, il n’a connu que trois présidents : Léon Mba, dont la présidence fut de courte durée, suivi d’Omar Bongo et de son fils, le président actuel, Ali Bongo, qui ont tous des rapports très cordiaux avec la France, en plus d’étroites relations économiques2. Le Gabon est un pays assez paradoxal, avec des éléments d’une surprenante européanité, des épiceries pleines à craquer de produits importés de France, mais aussi un marché parallèle pour les denrées alimentaires essentielles pour la plupart de ses habitants. En effet, comme m’a expliqué Albert, travailleur du centre de Libreville, les épiceries, qui vendent des produits importés, sont hors de prix pour la plupart des Gabonais·e·s. Une grande majorité des produits consommés par le commun des mortels sont souvent importés des pays voisins et vendus dans les marchés locaux : légumes, viande, manioc, poisson. « Cependant, comme ces derniers ne sont pas toujours abordables, il faut cultiver derrière les maisons. Au Gabon, beaucoup ont des diplômes, mais peu de gens savent cultiver », affirme Albert. Ce sont là, hélas, les symptômes d’une économie dépendante des hydrocarbures et des pétrodollars.

Cela dit, le Gabon est aussi la terre du Bwiti, ensemble de croyances et de rites initiatiques associé à la consommation de l’iboga, un puissant enthéogène3 qui permettrait de développer une relation entre la conscience et la connaissance. C’est un aspect parmi tant d’autres à la fois étonnant et fascinant de la vie de ce pays, qui illustre peut-être, dans une certaine mesure, la position géosociale et géopolitique de cet événement important. Il serait possible de voir une relation entre ce contraste entre une occidentalisation et une « résistance » d’ordre spirituelle et le contraste entre les éléments occidentaux de la culture haïtienne et la pratique du vaudou. Cette résistance haïtienne est soulignée par le réalisateur Richard Stanley dans The White Darkness (2002)4. L’« obscurité blanche », dans le vaudou, n’est pas celle de l’homme blanc, mais bien une forme de pouvoir abstrait. Pour les adeptes du vaudou interrogés dans le documentaire, c’est ce pouvoir qui aurait permis à Toussaint Louverture de réaliser l’indépendance de l’île face au pouvoir blanc. Un colonel américain posté en Haïti et interrogé déclare même que la christianisation de l’île serait essentielle à son asservissement. Le vaudou constituerait donc un horizon de résistance, comme, peut-être, le Bwiti. C’est d’ailleurs voir cet envers de la médaille que nous laissait espérer un tel colloque au Gabon. Dans quelle mesure cette rencontre a-t-elle pu échapper aux rapports de pouvoirs postcoloniaux pour nous permettre d’aborder la sexualité loin des horizons de l’eurocentrisme ? À tout le moins, ce que nous avons constaté est encourageant.

Le colloque s’était fixé comme objectif de créer un espace d’échange échappant à l’eurocentrisme pour aborder les questions d’identités sociales et politiques relatives ainsi que les multiples pratiques érotiques, en favorisant la transdisciplinarité. En effet, le rapport produit au lendemain du colloque souligne « […] l’urgence de la pensée complexe à travers la transdisciplinarité et la pluridisciplinarité »5. Le colloque gravitait autour de cinq axes de réflexion. Le premier axe est « masculinité-féminité », c’est-à-dire « la construction de l’identité féminine […] et l’intériorisation des normes de féminité [qui cantonnent] hommes et femmes dans les rôles socialement dévolus »6. Le deuxième axe est « corps et sexualité », qui comporte trois points importants : « Primo, en Occident, si l’orientation sexuelle est assumée chez les deux sexes, au point de connaître un changement de regard par l’entremise des médias, par contre en Afrique, cela est loin d’être le cas […] Secundo, dans les non-lieux lignagers […], la corporéité […] joue un rôle déterminant dans la “fabrique” de la masculinité et donne un sens aux pratiques traditionnelles d’objectivation sexuelle ordinaire du corps de la femme […] Tertio, la sexualité préconjugale et celle de divertissement sont appropriées différemment par les femmes et les hommes. La première est plus expérimentée hors du cadre familial. La seconde s’inscrit dans un marché sexuel où elle satisfait aux plaisirs sexuels masculins. »7 Le troisième axe « espace public-espace privé », qui englobe, entre les questions liées à la conjugalité, l’extraconjugalité et la violence conjugale. Le quatrième, « éducation-formation », concerne autant les institutions qui contribuent à la construction des genres que les répercussions que peut avoir le manque d’éducation sexuelle, parmi lesquelles les grossesses précoces chez les adolescentes. Le cinquième, « santé », aborde la stigmatisation et le fardeau excessif des femmes en ce qui concerne les infections sexuellement transmissibles et l’utilisation de contraceptifs. Le VIH est aussi relativement prévalent au Gabon et de nombreux intervenant·e·s ont abordé la question8. Enfin, « la sexualité est convoquée au sens le plus large et dans toutes ses dimensions, c’est-à-dire en tant qu’institution, pratiques et fabrique des identités »9.

Parmi les sujets abordés, nous mentionnons, entre autres, la pratique de danses traditionnelles sénégalaises, connues sous le nom de sabar, par des femmes blanches (« blanches ébènes ») comme libération sur le plan de normes de genre. En effet, contre toute attente, ces dernières se placeraient en dehors de la domination masculine. Elles seraient ainsi bien plus qu’une consommation d’une culture autre (libération en se plaçant dans une situation de pouvoir), propos discutable, puisqu’il y a conscientisation. En effet, pour la chercheuse Alice Aterianus-Owanga de l’Université de Lausanne, ces danses seraient libératrices et participeraient à « une recomposition des féminités blanches et des frontières entre blanchéité et africanité », plaçant blanchéité et africanité en tension10.

Michaela Fusaschi, professeure à l’Université de Rome 3, a abordé, de son côté, les tensions entre les politiques relatives au genre qui sont mises de l’avant par l’ONU, le « genre humanitaire », par rapport à la sexualité telle qu’elle se manifeste au Rwanda. Son exposé portait plus précisément sur le gukuna, technique de massage visant à « étendre » les petites lèvres vaginales. L’ONU a considéré ces pratiques, faute de bien connaître ce dont il s’agissait, comme de la mutilation génitale. L’Église, de son côté, l’aurait aussi dénoncée comme une pratique onaniste et de surcroît homosexuelle, celle-ci étant pratiquée entre femmes. Cette pratique contribuerait à faire augmenter la quantité de sécrétions vaginales lors des rapports sexuels. Cela s’intégrait dans le cadre plus large de la sexualité rwandaise, qui serait une sexualité fluide, où l’abondance de liquide serait fort appréciée. Cela n’est toutefois pas le cas de toutes les cultures africaines. En effet, un autre participant affirmait qu’au Gabon, des cendres sont placées sur l’appareil génital féminin avant les rapports pour justement assécher les sécrétions. Enfin, madame Fusachi conteste le caractère hégémonique de l’ONU en ce qui a trait à ses jugements concernant les pratiques sexuelles que celle-ci connaît mal. Elle conclut aussi qu’une attitude plus prudente devrait aussi être adoptée en ce qui concerne les mutilations génitales elles-mêmes, pour mieux comprendre ces pratiques, avant de les condamner11. Même Jomo Kenyatta, leader de l’indépendance du Kenya, défendait ces pratiques12. Il y aurait donc une nécessité primordiale d’expliquer les pratiques sexuelles non occidentales, du gukuna à l’infibulation13.

Le chercheur Benoit Tine de l’Université Assane Seck au Sénégal, de son côté, nous a entretenus de la culture illégale de marihuana dans la région de la Casamance, au Sénégal, qui serait un facteur d’autonomisation pour les femmes sénégalaises. Ces dernières remplaceraient même les hommes, dans certains cas, comme cheffes de famille. Enfin, la culture de la marihuana se verrait protégée par certains groupes rebelles indépendantistes14. Quel recours pourraient avoir les hommes pour retrouver leur pouvoir perdu ? Dénoncer leur conjointe pour retrouver la structure traditionnelle du patriarcat ? En faire appel à l’État ? Ils n’en font rien ! Une question a été posée… et si on légalisait ? Chez nous, cette culture n’a autonomisé personne. Elle favorise même les grandes entreprises au détriment de la culture à petite échelle15.

Une autre intervenante, Virginie Rigot de l’Institut de recherche interdisciplinaire sur les enjeux sociaux de l’École des Hautes études en sciences sociales (EHESS-IRIS), a critiqué avec virulence le système de services sociaux français, qui pathologise la sexualité de Chloé, 14 ans. En effet, après de longs échanges avec la fille en question, madame Vigot affirme que « Chloé ne peut cependant pas échapper au stigmate social de la prostituée du fait de sa non-conformité aux attentes de genre liées à son sexe et à son âge. »16 Chloé « vit sa vie », tout simplement. Cela est à mettre en contraste avec les autres intervenantes qui abordent la sexualité précoce (ou le mariage précoce) en Afrique comme un problème en lui-même, parmi lesquelles mesdames Ines Zoe Lydia Rouamba Palingwinde et Fatoumata Badini Kinda, toutes deux de l’Université de Ouagadougou I au Burkina Faso. En effet, dans quelle mesure pouvons-nous tracer la ligne entre l’ombre du patriarcat et l’hégémonie humanitaire occidentale ? Rappelons-nous que différents auteurs, tels Michel Foucault ou Allen Ginsberg, avaient contesté la légitimité du pouvoir en ce qui a trait à la légifération de la sexualité et de l’âge où celle-ci devait commencer à exister17.

Nathalie Lugand, chercheuse à l’Université Paris 13, aborde de son côté des pratiques Bondage, domination, discipline, soumission, sadomasochisme (BDSM) et tente de transcender sa « colonisation » par la psychologie. Elle nous parle plus précisément du cas d’un homme maghrébin qui pratique le « money slaving ». Cette pratique se déroule généralement en ligne. Un homme entre en contact avec des femmes, souvent algériennes, qui profèrent des insultes et affichent leur domination. L’homme paie alors ces services avec de nombreux et d’onéreux cadeaux. Ce qui fait jouir, c’est la dépense d’argent. L’homme qui avait accepté de participer à l’étude a dû tout vendre pour combler sa dépendance. Enfin, cette relation n’est pas sans être liée d’un complexe colonial. L’homme dit se sentir « Blanc » lorsqu’il succombe à ces plaisirs (le fantasme d’être un Blanc dominé par une Arabe ou vice-versa…)18.

Emma Tillich, de la même institution que la chercheuse susmentionnée, aborde les interrogations entourant la stérilisation demandée par les femmes dans la trentaine. Elle critique le fait que le médecin se poserait comme « gestionnaire du risque de regret ». Ce phénomène représenterait-il une émancipation de la contraception ou des impératifs de la reproduction, ou une subordination à une certaine image du corps féminin19 ? La question n’est pas entièrement résolue.

De son côté, Franck Bouchetal Pellegri, doctorant à l’EHSS, aborde les « récits de vie de demandeurs d’asile homosexuels africains ». Il « fait ressortir entre autres une chronologie de la construction du masculin et des interactions entre la construction du masculin et celle de l’homosexualité. » Il y a lieu d’établir des relations avec l’immigration au Canada de personnes, tout de même assez nombreuses20, qui demandent refuge en raison de leur identité ou de leur orientation sexuelle.

En ce qui nous concerne, nous avons présenté notre traduction du texte The Body of Condemned Sally : Paths to Queering Anarca Islam de Mohammed Jean Veneuse21. Mohammed Jean Veneuse, pseudonyme de Mohammed Abdou, est d’origine égyptienne. Il a été chargé de cours à l’Université Queen’s de Kingston, en Ontario, où il mène présentement des études doctorales. Dans son mémoire de maîtrise intitulé Anarca Islam, rédigé en 2009, il a d’abord cherché à jeter les bases d’une articulation entre l’islam et l’anarchisme. Le texte avec lequel nous avons travaillé a été dirigé l’année suivante et publié dans la revue Anarchist Developments in Cultural Studies. Dans ce deuxième texte, l’auteur a tenté de circonscrire un point d’articulation et d’attache des théories trans à ce qu’il propose dans sa thèse, et ce, afin de mettre fin aux hostilités et préjugés qui minent les relations entre les communautés musulmane, trans et anarchiste. Les idées de Muhammad Abdou ont d’ailleurs été brièvement abordé par Francis Dupuis-Déri dans un article publié dans Ricochet22. Cela dit, le but n’est pas de « fusionner » ces courants de pensée ou de limiter leur autonomie, mais bien d’engendrer un plus grand potentiel anti-hégémonique pour ultimement renverser l’ordre établi.

Le texte en question traite du cas de Sayyid/Sally, une Égyptienne trans et étudiante en médecine à l’Université Al-Ahzar. Cette dernière a dû, au début des années 1980, mener un combat afin de voir sa véritable identité reconnue. Al-Ahzar, à la fois mosquée et université, est une institution éminente en Égypte et dans tout le monde arabo-musulman. Elle est internationalement reconnue pour ses programmes en études islamiques, tout en ayant la réputation de se trouver en étroite proximité avec le pouvoir, une brutale dictature qui perdure encore à ce jour. L’affaire Sayyid/Sally a eu lieu en 1982, peu de temps après l’assassinat de Sadate et l’arrivée au pouvoir d’Hosni Moubarak. Enfin, Mohammed Jean Veneuse dénonce les institutions qui, comme Al-Ahzar, ont la main mise sur l’interprétation des textes sacrés et ont mobilisé le savoir religieux pour défendre les intérêts du régime. Son texte complète sa thèse, qui se voulait un prisme de convergence des résistances musulmane et anarchiste, en alignant ce même prisme avec les horizons de résistance trans.

Malheureusement, nous ne pourrons pas, dans le cadre de ce modeste compte rendu, aborder chacune des communications. Cependant, nous nous permettons de mentionner encore brièvement les propos de madame Sophie Torrent de l’Université de Fribourg sur l’éducation sexuelle, et le fait qu’on enseigne aux filles, par exemple, de « couvrir [leur] corps pour ne pas donner des érections aux gamins » plutôt que de fournir une éducation vraiment égalitaire23. Francisco Sumbo Sebastião, chercheur de l’Université Franco-Gabonaise Saint-Exupéry, a abordé les récits racontés par les sculptures sur des couvercles Cabinda, une ethnie originaire de la province du même nom, qui fait actuellement partie (une appartenance contestée) de l’Angola. Ces couvercles auraient, en quelque sorte, une valeur parajuridique24. Jérémie Gauthier, maître de conférences à l’Université de Strasbourg, a abordé le genre et la sexualité en milieu policier et la « gestion différentielle des inégalismes », un concept emprunté à Foucault25.

Nous avons eu l’occasion, près de six mois après l’avènement du colloque, de poser quelques questions au Dr Philippe Nkoma Ntchemandji, qui se trouvait à la tête de l’organisation de l’événement. Nous l’avons interrogé sur les répercussions à long terme du colloque. Ce dernier a affirmé que, « sur le plan académique, la notoriété de l’Université Franco-Gabonaise et celle de l’OICCE se sont trouvées renforcées. Fort de ce succès, l’OICCE a été impliqué dans la préparation et l’organisation d’un colloque international sur l’IVG en mai 2020, en collaboration avec le Groupe de Recherches et d’Études sur le Genre (GREG/IRSH/CENAREST) et le Réseau d’Afrique Centrale pour la santé reproductive des femmes : Gabon, Cameroun, Guinée-Équatoriale (GCG) ».

Nous lui avons également demandé si des répercussions politiques étaient attendues au Gabon, en Afrique ou en Occident. Il affirme : « Nous envisageons au niveau national (Gabon) des répercussions politiques, notamment par la tenue d’une table ronde sur les enseignements du colloque et en impliquant d’autres acteurs impliqués dans les questions de genre, ce en vue d’impacter positivement sur les décideurs. Nous avons de ce fait saisi la Cour Constitutionnelle et le Sénat (notamment le Réseau des femmes parlementaires) pour porter la question de la double problématique du genre et de la sexualité. » Enfin, il est envisagé par les personnes organisatrices de répéter l’expérience en France ou au Burkina Faso.

Finalement, il est difficile de dire si cette conférence aura les répercussions escomptées. Néanmoins, elle constitue un événement et une plateforme intersectionnelle d’échanges de grande importance afin de permettre et d’alimenter les débats sur les questions de genre en Afrique. Les communications rendent compte de plusieurs horizons, européens et africains. Le cas Sayyid-Sally n’a peut-être pas eu les répercussions attendues en Égypte près de 40 ans plus tard. Peut-on escompter de meilleurs résultats au Gabon, un pays politiquement très proche de l’Europe ? Ces résultats seront-ils endogènes, ou un reflet de surface des réalités européennes sur le genre ? La liberté par rapport à certains paramètres de genre ne signifie pas liberté politique. L’identité trans est reconnue en Iran (et le changement de sexe financé par l’État), mais pas l’homosexualité26. En Jordanie, c’est le contraire : l’homosexualité est légale, mais la transitude et le changement de sexe ne le sont pas27. En Occident comme ailleurs, les régimes politiques récupèrent les discours sur le genre pour ce qui leur rapporte le plus politiquement. La route est encore longue, que ce soit en Occident ou en Non-Occident, pour voir injectée une libération totale au sein des sociétés.

1 « LGBT rights in Africa », Wikipédia, consulté le 9 janvier 2020. en.wikipedia.org/wiki/LGBT_rights_in_Africa

2 Olivier Piot, « Au Gabon, la mécanique du népotisme s’enraye », Le Monde diplomatique, octobre 2016, pages 4-5. www.monde-diplomatique.fr/2016/10/PIOT/56406

3 André Raponda-Walker et Roger Sillans, Rites et croyances des peuples du Gabon, Libreville : Éditions Raponda-Walker, 2005.

4 Richard Stanley est un réalisateur sud-africain qui a d’Abord fait des études en anthropologie. Il a commencé sa carrière en filament des danses traditionnelles et des rites d’Afrique. Son œuvre est imprégné de cette fascination pour les modes de pensée ésotériques, shamaniques et non-rationnels.

5 Colloque international, Genre et sexualités : diversité des contextes, pluralité des parcours, approches interdisciplinaires, rapport finale, Libreville, 17-18 juillet 2019, p. 2.

6Ibid.

7Ibid.

8Ibid., pp. 2-3.

9Ibid., p. 10.

10Ibid., p. 11. 

11Ibid., p.14.

12 « Kenyatta et la pratique de l’excision », Le Monde, 9 septembre 1978. www.lemonde.fr/archives/article/1978/09/09/kenyatta-et-la-pratique-de-l-...

13 World Health Organization, « Female genital mutilation (FGM) : Prevalence of FGM », 2019. www.who.int/reproductivehealth/topics/fgm/prevalence/en/

14 Marième Soumaré, « Sénégal : “La rébellion en Casamance est plus affaiblie que jamais” », Jeune Afrique, 2 mai 2019. www.jeuneafrique.com/768832/politique/senegal-la-rebellion-en-casamance-...

15Colloque international, op. cit., p.14 ; Sean Williams, « Big Business Is Taking Over California’s Marijuana Industry », The Motley Fool, 23 juin 2018. www.fool.com/investing/2018/06/23/big-business-is-taking-over-california...

16Ibid., pp. 18-19.

17 Allen Ginsberg, « Thoughts on NAMBLA », dans Deliberate Prose : Selected Essays 1952-1995, Harper Perennial, 2001, www.ipce.info/library/miscellaneous/thoughts-nambla ; Michel Foucault, « La loi de la pudeur », Dits Ecrits III, Paris : Gallimard, 1994, pp. 69-82.

18Colloque international, op. cit., p.14.

19Ibid., p.20.

20 Camille Feireisen, « Des organismes inquiets pour les demandeurs d’asile LGBTQ », ICI Radio-Canada, 2 juillet 2019. ici.radio-canada.ca/nouvelle/1205943/lgbtq-immigrants-refugies-gay-canada-homophobie-refuge-immigration

21 Mohammed Jean Veneuse, « The Body of the Condemned Sally: Paths to Queering anarca-Islam », Anarchist Developments in Cultural Studies, vol. 1, 2010. theanarchistlibrary.org/library/mohamed-jean-veneuse-the-body-of-the-condemned-sally-paths-to-queering-anarca-islam.

22 Francis Dupuis-Déri, « Islam et Anarchisme : L’anarchisme et la religion sont-ils incompatibles? », Ricochet, 21 novembre 2017. ricochet.media/fr/2031/islam-et-anarchisme

23Colloque international, op. cit., p.18.

24Ibid., p.15.

25Ibid., p.16.

26 « LGBT rights in Iran », Wikipédia, consulté le 9 janvier 2020. en.wikipedia.org/wiki/LGBT_rights_in_Iran

27 « LGBT rights in Jordan », Wikipédia, consulté le 9 janvier 2020. en.wikipedia.org/wiki/LGBT_rights_in_Jordan