L’accessibilité dans les grandes villes demeure problématique

crédit photo : flickr:/caroline de francqueville
Québec
Société
L’accessibilité dans les grandes villes demeure problématique
Analyses
| par Fabrice Samedy |

L’accessibilité universelle demeure un sujet de débat dans notre société, mais elle est loin d’être une chose acquise pour tout le monde. Les grandes villes au Québec comme Montréal ont mis en œuvre des plans pour rendre la vie plus facile à la population à mobilité réduite, mais il existe encore beaucoup d’obstacles à franchir. 

 

Le quotidien des individus à mobilité réduite est rempli de défis et d’embuches. 

Par exemple, une visite au supermarché peut devenir un enfer s’il n’y a pas des accommodations comme des places de stationnements près de l’établissement. Dans le but de respecter la Loi2 qui stipule que toutes les municipalités de 15 000 habitants et plus doivent adopter un plan d’action pour réduire les obstacles à l’intégration des personnes à mobilité réduite, la Ville de Montréal s’est dotée du Plan d’action 2015-2018. [i] Ce plan est divisé en 4 axes : accessibilité architecturale et urbanistique, accessibilité des programmes, des services et de l’emploi, accessibilité des communications ainsi que sensibilisation et formation. Pour le premier point, une des actions recommandées est de rendre les immeubles existants accessibles ainsi que de prendre en compte les normes pour les bâtiments nouveaux. 

 

Cependant, la modification des anciens immeubles ne s’applique pas à tous les bâtiments de la métropole. Ce règlement concerne les emplacements publics comme les mairies d’arrondissements, les bibliothèques, les maisons de la culture, les arénas et les centres sportifs Pour Linda Gauthier, présidente du Regroupement des activistes pour l’inclusion au Québec (RAPLIQ), un organisme panquébécois qui défend les droits des personnes en situation de handicap[ii],: « il y a un énorme problème et cela est dû à un gros manque de volonté de la classe politique, que ce soit des municipalités ou de l’Assemblée nationale, c’est énorme », a-t-elle dit lors d’une entrevue téléphonique.

 

La situation problématique du métro 

Le manque d’accessibilité dans la majorité des stations de métro du territoire montréalais représente un problème important pour les usagers ayant une déficience motrice. Le réseau de métro de la Ville de Montréal compte actuellement 68 stations de métro dispersé un peu partout sur son territoire.[iii] Cependant, le constat est assez négatif lorsque vient le temps de compter le nombre de stations qui sont accessibles aux personnes en fauteuil roulant. Selon le site de la Société de Transport de Montréal (STM), seulement 17 stations sur les 68 sont munies d’ascenseurs et sont donc faciles d’accès pour les individus à mobilité réduite.[iv] Par exemple, les choses changent rapidement, alors que 14 emplacements comme ceux d’Atwater et d’Angrignon, sont en rénovation et comptent ajouter des ascenseurs.[v]

 

Woody Belfort est un homme ayant des limitations au niveau de la marche et qui utilise le système de métro lors de ses déplacements à Montréal. Il avoue qu’il a rapidement réalisé que les choses seraient compliquées : « Au moment où j’ai commencé à utiliser le métro, j’ai rapidement remarqué qu’il n’y avait pas beaucoup de rampes ou d’ascenseurs, ce qui est bizarre, car les gens amenaient des poussettes avec des enfants ou les personnes âgées avaient des marchettes », s’est-il confié en entrevue. Pour arriver à ses fins, l’athlète de 25,  ans né avec un type de paralysie cérébrale appelé diplégie spastique, doit physiquement descendre de son fauteuil pour monter ou descendre les escaliers lorsqu’il n’y avait pas d’ascenseur.[vi]  

 

M.Belfort se rappelle que l’une des stations qu’il a utilisées par le passé avait physiquement un ascenseur, mais qu’il fallait surmonter quelques marches pour y arriver. Malgré ce genre d’embuche, Woody voit une volonté de bien faire, mais qu’une révision de la manière de faire est requise : « Je vois qu’ils essaient, mais ils le font de la mauvaise façon ». Lorsqu’il est temps d’aborder la question de l’accessibilité générale dans les vieilles villes comme Montréal ou Québec, le joueur de basketball en fauteuil roulant dit que les choses sont « vraiment difficiles » parce que selon lui, les notions d’accessibilité et d’inclusivité n’étaient pas une priorité à l’époque. Cependant, les choses semblent aller dans la bonne direction, car selon lui, la population commence à être de plus en plus consciente que ce n’est pas tout le monde qui a la capacité de se déplacer librement ou sans complication. 

 

Le désir de rendre une ville plus facile d’accès ou plus inclusive pour une partie de sa population peut s’avérer plus difficile à réaliser que d’y penser ou mettre sur papier. Les ouvriers sur le terrain ainsi que les architectes doivent prendre en considération des facteurs architecturaux et extérieurs qui peut rendre la tâche difficile à réaliser.  

 

 

Une tâche difficile 

Les plans pour modifier et rendre les établissements plus accessibles pour tout le monde sont plus faciles à mettre sur papier que de concrétiser réellement. Selon Gérard Beaudet, professeur d’urbanisme et d’architecture de paysage à l’Université de Montréal, il est plus compliqué d’adapter les bâtiments qui sont plus anciens. Par exemple, les lieux de cultes sont très compliqués à rendre accessible, car ces lieux sont généralement situés en hauteur et requièrent une plus longue rampe. De plus, l’espace nécessaire pour insérer ces rampes n’est pas toujours disponible. 

 

En plus de devoir jouer avec le manque d’espace ou le terrain abrupt, M. Beaudet dit que les bâtisseurs doivent aussi penser à un plan d’évacuation adapté dans l’éventualité d’un incendie : « Si l’on donne accès à des personnes qui ont des difficultés d’accès, il faut être capable de les évacuer advenant un incendie. Évidemment, ce n’est pas les escaliers standards qu’on va pouvoir les évacuer ou sinon ça prend des zones de refuges(une zone sûres, protégées du feu pour les personnes en attente d’être évacuée en toute sécurité)[vii] où les pompiers pourront aller les chercher », dit-il dans une entrevue téléphonique avec l’Esprit libre.

 

Dans le but de rendre les déplacements plus faciles et plus agréables pour tout le monde, la STM s’est fixé l’objectif d’avoir 41 stations adaptées d’ici 2025.[viii]

 

 

crédit photo : flickr:/caroline de francqueville

 

[i] Ville de Montréal, Accessibilité universelle Plan d’action 2015-2018, Plan d’action, Montréal :Ville de Montréal , 28p. http://ville.montreal.qc.ca/pls/portal/docs/PAGE/ARROND_RDP_FR/MEDIA/DOCUMENTS/2015-10-06_PLAN%20ACCESSIBILIT%C9%20UNIVERSELLE%20-%20VILLE%20DE%20MONTR%C9AL.PDF

 

 

[ii] Regroupement des activistes pour l’inclusion au Québec, Notre mission, 9 aout 2021, https://rapliq.org/a-propos/

 

[iii] Métro de Montréal, Foire aux Questions, 8 aout 2021, https://www.metrodemontreal.com/faq/index-f.html

 

[iv] STM.info,Accès au métro par ascenseur,8 aout 2021, https://www.stm.info/fr/acces/acces-au-metro-par-ascenseur

 

[v] STM.info, L’accessibilité universelle dans le métro,7 aout 2021, https://www.stm.info/fr/a-propos/grands-projets/grands-projets-metro/accessibilite-universelle

 

[vi][vi] Huffpost Québec, publié sur Facebook,23 janvier 2019,consulté le 7 aout 2021. https://www.facebook.com/watch/?v=332323747382382

 

vii Société de transport de Montréal, « L’accessibilité dans le métro », consulté le 9 aout 2021, https://www.stm.info/fr/a-propos/grands-projets/grands-projets-metro/acc...

 

Marie-Claude Lortie, Personnalité de la semaine : Woody Belfort, La Presse, 28 avril 2019, https://www.lapresse.ca/actualites/2019-04-28/personnalite-de-la-semaine-woody-belfort

 

 

[vii] Gouvernement du Canada, La planification de la sécurité, consulté le 24 aout 2021, https://www.canada.ca/fr/emploi-developpement-social/programmes/invalidi...

 

 

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