À titre de militant pour l'indépendance du Québec

À titre de militant pour l'indépendance du Québec
Opinions
| par Rémi Villemure |

À titre de militants et militantes pour l’indépendance du Québec, il nous est impératif, non seulement d’entretenir  nos organisations respectives, mais aussi de comprendre pourquoi à une époque si inspirante en matière de luttes et d’enjeux, le mouvement indépendantiste québécois est plus silencieux que jamais.

Le Parti québécois n’est pas une organisation indépendantiste et il faut apprendre à distinguer les deux termes. Être indépendantiste, c’est agir pour l’indépendance et offrir un projet d’indépendance. Ce que le PQ propose actuellement, c’est une collaboration avec le gouvernement fédéral, une ronde de négociations interminable qui nous permet de croire qu’on a affaire à une belle équipe de gentils réformistes en cravate.  Des yes man qui disent no de temps en temps, mais qui ont compris que le yes était plus payant.  D’ailleurs, force est d’admettre que même l’étiquette « souverainiste » a tendance à se décoller et ce sont les militants les plus radicaux du parti – essentiellement des jeunes au CNJPQ et les vieux de la vieille – qui doivent se pencher à tous les jours pour ramasser l’étiquette et la recoller sur ce parti rien de moins qu’opportuniste et de plus en plus électoraliste.

Bien que le PQ ne soit pas inspirant, c’est tout de même une organisation dite souverainiste. Il est donc inacceptable qu’après neuf ans de règne libéral et fédéraliste sur la scène politique provinciale, les militants indépendantistes québécois soient plus avares d’actions que jamais. Combien d’entre nous sommes d’accord pour dire que les luttes que l’on gagne sont celles qu’on mène tous ensemble ? Nombreux, je suppose. Et bien dans ce cas, il faut essayer de comprendre pourquoi le retour d’un parti politique indépendantiste au pouvoir n’a pas coïncidé avec une montée de la parole indépendantiste dans nos médias et dans nos cafés. L’absurde n’aurait pu choisir meilleur logis que cette triste circonstance insensée. Mais à tous les problèmes il y a des solutions, semble-t-il. À ce problème bien précis, il y en a assurément une.

Pour commencer, à titre de militants et militantes indépendantistes, il est de notre devoir de compter avant tout sur nous et en dernière instance sur notre classe politique qui, de toute façon, n’inspire plus grand monde. Le cynisme chez la population est regrettable, mais au lieu de le dénoncer, il faut le comprendre. Les gens ne sont pas cyniques par instinct, par réflexe ou par loisir, ils le sont parce que plus personne – ou presque – n’est capable de nous faire tenir sur le bout de nos chaises. Notre classe politique parle le langage du fric et du droit quand ils devraient parler celui de l’avenir et des gens. On se distance de plus en plus de ces personnes élevées et éduquées dans les quartiers les plus chers et dans les écoles les plus prestigieuses du Québec, qui ne représentent pas la population moyenne, qui ne savent pas c’est quoi se débrouiller avec 40 000$ par année. Elles vous diront qu’elles sont sur le terrain, mais y a une maudite grosse différence entre être sur le terrain une fois par trois mois et dormir sur le terrain. Ne comptons plus sur ces gens de la haute société qui font de la politique pour la pension et la limousine. Qu’ils apprennent notre langage et nous les comprendrons peut-être un jour. Peut-être qu’on n’aura plus besoin d’eux d’ici là…

Nous avons un travail d’introspection très important à faire comme militants et militantes. Nous devons explorer toutes les avenues. Toutes. La fin justifie-t-elle les moyens ? Bien sûr que non, mais notre fin – l’indépendance d’un Québec juste et responsable – justifie qu’on prenne les grands moyens. Les grands moyens, ce sont oui des conférences, oui des rencontres, oui des séances de tapes sur l’épaule pis de félicitations, mais ça va devoir commencer aussi à se traduire concrètement dans la rue. L’un des gros problèmes du mouvement indépendantiste québécois en ce moment, c’est qu’il n’y a justement pas de mouvement indépendantiste québécois. On est là à se cracher dessus, à s’envoyer paître et à se jurer de ne plus jamais se parler sous des prétextes qui sont plus souvent qu’autrement très peu justificatifs.  Les plus jeunes – et j’en fais partie – sont persuadés qu’une grande vague bleue homogène s’abattra un jour contre le fédéralisme enculatif canadien – parole de Godin – mais cela n’arrivera pas. Soyons réalistes, il n’y aura pas qu’une seule grande vague, il y en aura plusieurs aux allégeances différentes et aux débits différents. Il faut apprendre à travailler ensemble. Et pour ce faire, il faut prendre la rue, apprendre à se connaître. Ce ne sont pas des rencontres entre amis et amies qui partagent exactement les mêmes points de vue qui vont faire progresser notre cause. Dans quelques années si ça continue comme ça, nous aurons l’air d’une belle bande de chialeux de chaise berçante qui regardent les autos passer. Sans viser qui que ce soit, certains ont déjà commencé à utiliser la canne et le débardeur. La vingtaine et la trentaine, c’est jeune pour la canne et la Buick brune. Ils ne sont grands que parce que nous sommes à genoux – Etienne de la Boétie.

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