Environnement
Québec
La communauté de Nutashkuan érige un blocus du chantier de la Romaine
Entrevues
| par Émile Duchesne |

Entrevue avec le chef Rodrigue Wapistan

Depuis mercredi, les Innus de Nutashkuan, appuyés par ceux d'Ekuanitshit, ont érigé un blocus sur la route d'accès de la Romaine. Émile Duchesne a rencontré le chef Rodrigue Wapistan pour L'Esprit Libre. Voici ce que le chef avait à dire.

Q. À quelle heure avez-vous commencé le blocus aujourd'hui?

R. On a commencé ça tantôt (mercredi 15 juillet), à 15h40. On a déclaré un blocus à l'accès du chantier de la Romaine. Ce que je veux, c'est rencontrer le premier ministre pour discuter du processus de mise en œuvre du projet de la Romaine par Hydro-Québec.

Q. Quelles sont vos revendications?

R. Le problème, c'est que dans les bassins qui vont être noyés, presque 50 % de la population d'arbres sera inondé. Le bassin numéro 2 a déjà été fait, mais il reste les bassins 3 et 4. Hydro-Québec n’a pas tout déboisé, donc ça va faire du mercure dans ces bassins-là pour les prochaines générations. Pour nous, dans notre culture, dans notre jargon aussi de discussion, c'est intolérable. Soit on laisse passer cela et on sera affectés dans cinq ou six ans, soit je bouge là. J'invite les gens à venir ici, au blocus. On a l'appui de tous les chefs de la nation innue, des 9 communautés. On va se battre jusqu'à la fin, ça c'est sûr. On va se faire entendre puis on ne lâchera pas.

Q. Combien de temps espérez-vous que le blocus dure?

R. On ne sait jamais. Ça vient de commencer et nous on va aller jusqu'au bout. On n’a pas peur que la police vienne démanteler notre blocus. On est prêt, un point, c'est tout. Nous aussi on va intervenir, avec notre force contre leur force, c'est comme ça. On ne laissera pas l'impact environnemental et le désastre se faire sans qu'on ait un mot à dire là-dessus.

Q. Avez-vous d'autres revendications?

R. Oui, on a d'autres revendications par rapport à Hydro-Québec. On a fait le déboisement, mais ils ne veulent plus amener de bois à notre scierie et ils n'engagent plus nos débroussailleurs. On est encore perdant dans tout ça parce qu'Hydro-Québec ne respecte pas l'entente qu'on a établie avec eux en 2008.

Q. Ce n’est pas le premier blocage que les Innus érigent contre le projet de la Romaine. À Nutashkuan, est-ce que c'est votre premier?

R. Non, ce n’est pas notre premier; on en a fait plusieurs autres auparavant. Dans mon mandat, en tant que chef, c'est mon deuxième blocus, mais j'ai aussi participé à d'autres auparavant. J'ai bloqué la construction d'un pont à la rivière Nutashkuan parce qu’on ne savait pas comment les choses allaient être faites. Après ça et suite à des analyses, on a décidé de faire le travail quand même, mais ça s'est mieux fait que c'était supposé l'être, ça c'est certain. 

Q. Comment diriez-vous que le blocus se passe jusqu'à présent?

R. Écoute. Jusqu'à maintenant, ça se passe bien, mais je te dirais qu'on essaye de garder la stabilité plus loin que ça. Ce blocus, c'est mon plus gros. Aujourd'hui, on a eu une centaine de personnes et on va en avoir plus demain. On n’est pas une très grosse communauté : 1100 membres dont 300 sont hors réserve. Alors pour nous, c'est quand même bon. Nous autres, on est des chasseurs et des trappeurs, et je pense qu’Hydro-Québec a mal choisi ses clients comme on dit!

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