Environnement
COP22, ou l'espoir de la coopération interétatique
Analyses
| par Myriam Bernet |

Entre le 7 et le 18 novembre 2016, le Maroc a accueilli la COP22, un an après la Conférence de Paris sur le climat. Cette dernière réunion, qui a rassemblé plusieurs milliers de personnes à Marrakech dont 80 chefs d'États et de gouvernements, suit la ligne des sommets mondiaux orchestrés par l’Organisation des Nations unies sur la question climatique. L’utilité de cette 22e Conférence a été questionnée dans plusieurs médias occidentaux. Quelle analyse peut-on faire de cette réunion organisée sous l’égide des Nations unies, à présent que plusieurs mois se sont écoulés depuis cet événement ?

Une suite à l’accord de Paris

La COP21[i] de Paris avait pris des engagements ambitieux sur la question du réchauffement climatique. Après un an, le bilan semble positif avec un accord qui a été adopté à l’unanimité par 195 pays le 12 décembre 2015 et une entrée en vigueur rapide qui a eu lieu le 4 novembre 2016, avec le chiffre de 55 pays émettant 55% de gaz à effet de serre atteint. Le temps écoulé entre l’adoption et l’entrée en vigueur semble être un facteur important du point de vue de la coopération internationale[ii] et est ici perçu de façon très positive. En effet, les ratifications prennent généralement plus de temps étant donné que les gouvernements se tournent vers leur Parlement respectif pour obtenir l’autorisation d’implémenter les changements nécessaires au respect des accords. À titre de comparaison, la ratification du protocole de Kyoto avait pris huit ans. La COP21 est le premier traité dans lequel tous les pays s’engagent à faire un effort pour diminuer l’impact anthropique sur le climat, alors que des COP sont organisées dans différentes métropoles chaque année depuis 1995.  Lors du déroulement de la COP22, les grands émetteurs de gaz à effet de serre tels que les États-Unis, la Chine, l’Inde, l’Union européenne et 92 États avaient déjà ratifié l’accord de Paris, lequel devrait s’appliquer à partir de 2020.

Climat et politique

L’un des grands objectifs de l’accord de Paris vise à ne pas dépasser les 2 degrés d’augmentation de la température moyenne de la planète. Il s’agit d’un objectif ambitieux, dans la mesure où les recherches sur le sujet, notamment celles du Potsdam Institute for Climate Impact Research et du Climate Analytics, affirment qu’il faudrait plutôt ne pas dépasser 1.5 degré d’augmentation[iii]. Ainsi, la COP22 de Marrakech semblait importante afin de préparer l’application de l’accord de Paris, une préparation qui sera d’ailleurs un enjeu similaire pour les COP à venir. Cependant, le temps manque et la communauté internationale avait déjà fixé un objectif de limitation de 2 degrés d’ici 2050 lors de la Conférence de Copenhague en 2009[iv], les scientifiques ayant considéré qu’il s’agissait du seuil de sécurité à ne pas franchir. Ainsi, la COP de Marrakech découlait aussi d’un besoin politique, soit celui de dynamiser la coopération internationale sur l’enjeu climatique pour pouvoir aller plus loin. C’était en outre l’occasion pour les États de rappeler leurs contributions sur le plan climatique[v]. Il s’agissait également de mettre en place un mécanisme de contrôle incitatif et non coercitif. En effet, même en ayant une valeur de traité international, l’accord ne prévoit pas de sanctions[vi] contrairement au protocole de Kyoto entré  en vigueur en 2005. Les COP s’avèrent être une façon d’adapter le problème climatique aux relations internationales et de répondre à la demande de transparence des populations.

L’activité humaine au coeur des préoccupations

Le processus de négociation paraît aussi favorable, car des retours positifs des secteurs publics et privés ont été émis suite à la COP21 et à la COP22. Mais les émissions de gaz à effet de serre continuent de s’accumuler et les promesses des États semblent insuffisantes. En effet, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) place une trajectoire d’augmentation entre 2 et 4 degrés selon les scénarios analysés[vii]. Sans surprise, il s’agit d’un seuil extrêmement dangereux pour notre planète et pour la vie humaine[viii]. Pour pouvoir contextualiser ces chiffres, il faut aussi mettre en lumière le processus et comprendre le mécanisme de réchauffement de la planète. Lorsque la terre est éclairée par le soleil, sa surface réémet une partie du rayonnement qu’elle a reçu vers l’espace. Mais les gaz à effet de serre comme le dioxyde de carbone, le méthane ou le protoxyde d’azote, retiennent une partie de ces rayonnements infrarouges émis par la terre et ils les lui renvoient, ce qui contribue à son réchauffement. C’est cette mécanique, d’abord naturelle et essentielle pour la vie humaine et les écosystèmes, que l’être humain a déréglée[ix], entre autres avec la combustion du pétrole et du gaz, la déforestation et l’agriculture intensive. Depuis la révolution industrielle, les activités humaines émettent une quantité très importante de gaz à effet de serre qui s’accumulent dans l’atmosphère et atteignent des niveaux records. Ainsi, l’effet de serre s’intensifie et les conséquences sont dramatiques et visibles[x] : augmentation des températures, fontes des glaces  provoquant des élévations du niveau des mers avec 30% de superficie fondue en Arctique depuis les années 1980, augmentation des précipitations dans les latitudes moyennes et hautes de l’hémisphère, mais avec des sécheresses plus longues et intenses dans les pays arides[xi] et finalement, acidification des océans.  

Les femmes davantage touchées par les changements climatiques

La COP22 avait également pour objectif d’appuyer des décisions prises durant la COP21 concernant une autre réalité : l’inégalité des sexes face au réchauffement climatique. En effet, les changements climatiques ne « sont pas neutres au regard du genre[xii] ». Au cours des 10 dernières années, 87% des catastrophes climatiques étaient reliées au climat et ont touché toutes les couches de la population. Mais les chiffres démontrent que les femmes et les enfants sont les premiers·èont touché·e·s. Tel était notamment le cas pour le tsunami qui a frappé l’océan Indien où 67% des victimes étaient des femmes[xiii], ou encore durant la catastrophe qui a frappé le Myanmar en 2008, période durant laquelle les femmes ont eu plus de difficultés à se remettre, notamment en raison de leurs revenus plus faibles et d’un niveau de malnutrition plus élevé. Entre lois discriminantes, pauvreté et charges de travail plus importantes, les femmes disposent de moins d’outils pour se protéger et se relever après des sinistres. Plus encore, selon ONU Femmes : « les femmes sont souvent les dernières à s’enfuir après avoir assuré la sécurité des membres de leur famille avant la leur [...] après une catastrophe les femmes et les filles qui sont en charge de recueillir de l’eau et des denrées alimentaires deviennent vulnérables aux violences sexuelles[xiv] ». En politique, les multiples conférences montrent que cette question est souvent mise de côté. Ainsi, le programme Femmes à la COP22 a pu ramener la question du genre au cœur de celle du réchauffement climatique en organisant divers événements, des rencontres et des conférences. Le sujet a été davantage traité quinze ans après la première décision sur la question des femmes et du climat lors de la COP7 qui avait également eu lieu à Marrakech.[xv]

Une position plus forte pour les pays en développement ?

Le fait que le Maroc ait accueilli cet événement d’envergure internationale a également permis de déplacer le point de vue habituellement très occidental pour aller vers le nord du continent africain, ce qui est d’autant plus important, alors que pour les pays situés dans les régions les plus chaudes du globe, les prédictions sont extrêmement inquiétantes : baisses des précipitations, sécheresse, hausse des vagues de chaleur, raréfaction de l’eau pourtant moteur du développement économique[xvi]. Ainsi, ces changements climatiques vont avoir des conséquences sociales, économiques, gouvernementales et agricoles alors que de nombreuses terres sont déjà inaptes à la culture. Dans ce tableau, le Maroc essaie de prévenir les conséquences de la hausse des températures avec le Plan Maroc vert adopté en 2008 qui concerne les secteurs de l’agriculture et de l’agroalimentaire[xvii]. Il s’agit de s’attaquer à plusieurs défis majeurs tels que la gestion durable des ressources en eau, l’économie d’énergie et la réduction des gaz à effet de serre ou encore l’amélioration des revenus des femmes et des jeunes. Des projets d’avenir[xviii] donc, mais qui ne sont pas réalisables à la même échelle dans tous les pays situés dans des zones plus arides, notamment à cause d’un manque de ressources et de soutien financier. La présence de la COP22 à Marrakech aura donc également permis de mettre en lumière les projets environnementaux entrepris par le Maroc.

Le climat est à l’agenda politique mondial depuis plus de vingt ans. Les sommets, réunions, conférences, négociations s’enchaînent et semblent toujours laisser un arrière-goût de défaite. Alors que des processus multilatéraux se mettent en place, les dérèglements climatiques atteignent des niveaux records. Les expert·e·s débattent dans les médias, les scientifiques recherchent, analysent et nous font parvenir des données alarmantes. Plus que jamais, le besoin de coopération interétatique se fait sentir et les événements organisés sur la question du réchauffement climatique qui touche tous les pays ne peuvent plus être vains

CRÉDIT PHOTO: V7000 / https://www.flickr.com/photos/v7000/

[i] COP : acronyme pour Conférence des parties, en anglais : Conference of the Parties

[ii] Amy Dahan-Dalmédico, Stefan C.Aykut, Gouverner le climat ? : vingt ans de négociations internationales, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, Paris, 2014

[iii] Rapport préparé pour la Banque mondiale par le Potsdam Institute for climate impact research et Climate Analytics, « Baissons la chaleur, pourquoi il faut absolument éviter une élévation de 4°C de la température de la planète », résumé analytique, novembre 2012. En ligne : http://documents.worldbank.org/curated/en/666371468159328715/pdf/632190W..., consulté le 27 février

[iv] En ligne : http://www.ceuropeens.org/photorama/bilan-de-la-conference-de-copenhague..., consulté le 20 janvier 2016

[v] Réunion parlementaire à l’occasion de la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques, Paris, 5 et 6 décembre 2015. En ligne : http://www.ipu.org/splz-f/cop21/outcome.pdf, consulté le 27 février

[vi] En ligne : http://www.courrierinternational.com/dessin/climat-cop21-les-eternelles-..., consulté le 22 janvier 2017

[vii] Recherche menée par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), Résumé à l’intention des décideurs, Scénarios d’émissions, 2000. En ligne : https://www.ipcc.ch/pdf/special-reports/spm/sres-fr.pdf, consulté le 22 janvier 2017

[viii] Rapport préparé pour la Banque mondiale par le Potsdam Institute for climate impact research et Climate Analytics, « Face à la nouvelle norme climatique », résumé analytique, 2014. En ligne : http://documents.worldbank.org/curated/en/392931468016245898/pdf/927040v..., consulté le 27 février

[ix] Site officiel de la COP22 (Marrakech). En ligne : http://cop22.ma/fr/#whatscop/post/162, consulté le 18 janvier 2017

[x] Pour en savoir plus à ce sujet :

-Rapport préparé pour la Banque mondiale par le Potsdam Institute for climate impact research et Climate Analytics, « Face à la nouvelle norme climatique », résumé analytique, 2014. En ligne : http://documents.worldbank.org/curated/en/392931468016245898/pdf/927040v..., consulté le 27 février

-Amy Dahan Dalmedico, Hélène Guillemot, « Changement climatique : dynamiques scientifiques, expertise, enjeux géopolitiques », volume 48, Issue 3, Juillet-Septembre 2006, pages 412-432.

-Banque mondiale, « Un nouveau rapport annonce qu’avec le réchauffement climatique de la planète, des millions de personnes seront prises au piège de la pauvreté », Londres, juin 2013. En ligne : http://www.banquemondiale.org/fr/news/press-release/2013/06/19/warmer-wo..., consulté le 28 février

[xi] Site officiel de la COP22 (Marrakech). En ligne : http://cop22.ma/fr/#whatscop/post/162, consulté le 18 janvier 2017

[xii] Site officiel de ONU Femmes. En ligne : http://www.unwomen.org/fr/news/stories/2016/11/at-cop22-un-women-to-spot..., consulté le 17 janvier 2017

[xiii] Ibid

[xiv] Ibid

[xv] En ligne : http://newsroom.unfccc.int/fr/actualit%C3%A9s/cop22-communique-presse-de..., consulté le 23 janvier 2017

[xvi] En ligne : http://www.un.org/africarenewal/fr/magazine/%C3%A9dition-sp%C3%A9ciale-a..., consulté le 22 janvier 2017

[xvii] En ligne : http://www.maroc.ma/fr/content/plan-maroc-vert, consulté le 23 janvier 2017

[xviii] Programme d’appui au Plan Maroc Vert du Maroc (PAPMV), Évaluation environnementale et sociale stratégique (EESS). En ligne : https://www.afdb.org/fileadmin/uploads/afdb/Documents/Environmental-and-...'appui%20au%20Plan%20vert%20du%20Maroc%20PAPMV.pdf, consulté le 28 février

Ajouter un commentaire

Image CAPTCHA
Sans espaces.